LOUIS Joseph Dominique, baron
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 01/07/2007


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Toul le 13 novembre 1755, mort à Bry-sur-Marne le 26 août 1837

Homme politique et financier français

Fils d’un avocat au Parlement de Metz, Joseph Dominique Louis rentre au séminaire de la ville et y est consacré diacre. Conseiller clerc au Parlement de Paris en 1780, il rédige les cahiers de doléances de la paroisse de Saint-André les Arts.

Proche de Talleyrand l’évêque l’Autun, il l’assiste lorsque ce dernier célèbre la messe de la fête de la Fédération (14 juillet 1790). Comme lui, il prête serment à la constitution civile du clergé et est excommunié. Modéré, il obtient du roi le poste d’ambassadeur au Danemark mais la situation de la royauté s’aggravant, il s’éloigne du gouvernement et n’occupe par ce poste. Il émigre en 1793 en Angleterre où il devient financier et travaille à la City de Londres dans la Banque. N’appartenant pas à la noblesse, il ne sera jamais proscrit comme émigré.

Il ne revient cependant en France qu’à la suite du coup d’état du général Bonaparte qui établit la stabilité politique à laquelle il aspire. Se rappelant au souvenir de Talleyrand, ministre des relations extérieures, il est nommé à un poste subalterne de l’Administration bonapartiste où son savoir-faire de financier lui permet de monter en grade. Il dirige le bureau central de liquidation du ministère de la Guerre, puis trésorier de la Légion d’honneur en 1802 avec le soutien de Talleyrand. Maître des requêtes au Conseil d’Etat le 26 juin 1806, il devient conseiller d’Etat du 3 décembre 1811 à avril 1814, en service ordinaire à la section des Finances. Il est nommé baron de l'Empire en 1809 et achète un an plus tard un terrain à Bercy où seront construits (par une société civile qu’il contrôle) des entrepôts à vin. (Pour l’anecdote, cette affectation des lieux subsistera jusqu’à la fin du XXe siècle avant que le quartier ne soit réaménagé en immeubles de bureaux – sur les rues qui ont pour nom les grands crus des vignobles français – et que le nouveau ministère des Finances ne soit construit à proximité). L’origine de la considérable fortune qu’il laisse à sa mort reste peu claire : outre les terrains de Bercy, il achète au cours de sa carrière le château de Bry-sur-Marne et, en 1825, un hôtel à Paris au profit d’une figurante de l’Opéra, femme galante dite la Dufrénoy ou l’As de pique, moyennant 30.000 francs de rentes viagères (selon M. Bruguière).

C’est avec la Restauration qu’il accède au ministère des Finances qu’il va occuper à cinq reprises pour un total de presque quatre ans étalés sur 18 ans. Cet homme d’aucun parti, qui ne peut ainsi s’appuyer sur un camp pour durer au pouvoir, est appelé quatre fois « dans des circonstances de crise analogues » (M. Bruguière) : Waterloo, chutes de Richelieu, de Charles X et enfin de Laffitte.

Lors de la chute de l’Empire, Talleyrand, nouveau premier ministre de Louis XVIII, le fait nommer ministre des finances, poste qu’il occupe jusqu’aux cents jours (3 avril 1814 - 20 mars 1815). Martin Gaudin revient alors à son poste mais Waterloo met un terme à l’épisode. Louis reprend alors le portefeuille à l’occasion de la seconde Restauration (du 9 juillet 1815 au 26 septembre 1815). A l’occasion de ce premier épisode il a préparé et fait adopté le premier budget de la Restauration (celui pour 1815) en s’efforçant de réduire les dépenses en limitant notamment les effectifs militaires. Les soldats démobilisés, les « demi-soldes » assurant par leur grogne la popularité du retour de Napoléon. Elu député de la Meurthe lors de la seconde restauration (il y sera réélu en 1821 et en 1830), il suit Talleyrand quand celui-ci se voit retirer le poste de Premier ministre et quitte le ministère où il est remplacé par le comte Corvetto.

Du 29 décembre 1818 au 19 novembre 1819, il est rappelé au ministère des Finances dans le ministère Dessolle avant que Decazes, qui dirigeait en sous-main le ministère, ne devienne officiellement Premier ministre. Antoine Roy, qu’il avait remplacé en 1818, lui succède avant que Villèle ne devienne pendant près de six ans ministre des Finances et Premier ministre, Decazes ayant été écarté au profit des ultras suite à l’assassinat du duc de Berry (1820).

Désormais dans l’opposition au ministère ultra de Villèle, il signe en 1830 l’adresse des 221 et Louis-Philippe lui confie à nouveau le portefeuille des Finances (31 juillet 1830 - 2 novembre 1830) qu’il cède au financier Jacques Laffitte avant d’y revenir une dernière fois (13 mars 1831 - 11 octobre 1832).

Ayant acquis le château de Petit-Bry à Bry-sur-Marne, il se fait élire député de la Marne en 1831. Il meurt dans sa propriété le 26 août 1837.
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Ministre des finances sous la Restauration 1814 et au début de la Monarchie de Juillet, il a fortement marqué les Finances publiques en contribuant, avec les comtes de Villèle et Corvetto et le baron d’Audiffrey, à la fondation du droit budgétaire pendant la période d’enracinement du parlementarisme dans l’hexagone. C’est la période des Finances classiques, qui profite de la remise en ordre par l’Empire de l’héritage financier « baroque » de l’Ancien Régime.

Son nom est d’abord attaché au rétablissement du crédit public et de la confiance en reconnaissant les dettes de l’Empire. Il comprime des dépenses publiques et cherche à rembourser la dette publique au moyen des ressources ordinaires sans recours à l’emprunt. Pour accroître les recettes, il s’oppose ainsi au comte d’Artois en obtenant le maintien des droits réunis (impôts indirects) et procède à l’aliénation de forêts domaniales et communales. Le crédit public restauré, il lance un emprunt extraordinaire (trois cent millions d’obligations du Trésor). A cette occasion, il créé en France le système des bons du Trésor, inspiré de celui des billets de l’Echiquier qu’il avait observé en Angleterre. Pour éviter que les troupes d’occupation ne vivent sur le pays en procédant à des réquisitions arbitraires, Louis obtient qu’elles soient prises en charge par l’Etat. Après l’épisode des Cent-Jours, il inspire l’ordonnance du 16 août 1815, qui impose une contribution exceptionnelle de cent millions à l’ensemble des plus importants contribuables, tout en dégrevant les départements détruits et occupés par les troupes de la coalition. Sa politique douanière souple est également appréciée par le monde du commerce.

Par son habileté, il rétablira encore deux fois la confiance des milieux économiques en étant rappelé en 1818 à la démission de Corvetto (en négociant avec les banques anglaises) et en mars 1831 à celle de Laffitte, accompagné d’un jeune secrétaire d’Etat, Adolphe Thiers (il émet cent vingt millions de rentes à cinq pour cent.

Ministre des Finances de la Restauration dans un ministère regroupant à nouveau Finances et Trésor, il ne dispose cependant pas des pouvoirs de l’ancien contrôleur général des Finances et son ministère se résume plutôt à celui du Trésor, redevenu direction générale, sans pouvoir contrôler les opérations budgétaires de ses collègues ministres dépensiers. Il poursuit les réformes comptables de Mollien en ancrant solidement le Trésor public dans les institutions françaises et simplifie la comptabilité officielle. Les pouvoirs de contrôle du ministère seront recouvrés sous Villèle.

Au plan de la procédure parlementaire il fonde avec Corvetto, le parlementarisme budgétaire en faisant adopter en 1814 le contrôle des dépenses publiques (22 juillet 1814). A cette occasion, il impose l’adoption des dépenses avant celui des recettes. Le 22 juillet 1814, il présente le budget divisé en sept ministères, première illustration du principe de spécialité. Revenu en 1818, il poursuit la politique de Corvetto en matière de spécialité budgétaire qui facilite le contrôle parlementaire du budget. Toujours soucieux du crédit public, il s’attache à faire adopter des budgets en équilibre.

Par son discours fondateur du 22 juillet 1814 précité, il propose d’organiser la procédure budgétaire selon ce qui sera appelé les « quatre temps alternés » : préparation du budget par le gouvernement, adoption par le Parlement, exécution par le gouvernement et contrôle de l’exécution par le Parlement. « Il s’inspire de certaines pratiques anglaises mais comporte plusieurs aspects originaux qui font de la construction de Louis bien autre chose qu’une simple copie du droit budgétaire anglais de cette période. » (Bottin, 1997, p. 70). Il arrive paradoxalement à imposer ce système malgré l’opposition des défenseurs du pouvoir royal car ces derniers, les ultras, quoique majoritaires à la Chambre, ne sont pas représentés par le gouvernement libéral de Louis XVIII et défendent donc en réaction les pouvoirs des parlementaires. Les propositions plus avancées de Benjamin Constant ne sont cependant pas retenues (participation des Chambres à l’élaboration du budget notamment).

Par contre, en matière d’annualité budgétaire, ses préférences pour le système de la gestion (qui consiste à rattacher toutes les opérations budgétaires à l’exercice au cours duquel elles ont été réalisées, plutôt qu’à celui pour lequel elles ont été autorisées) ne sera pas repris par Villèle qui impose une version modifiée du système de l’exercice souhaité par Corvetto.
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


Ouvrages :

Bottin (M.), Histoire des Finances publiques, Paris, Economica, Poche, Finances publiques, n°3, 1997, 112 p. [Notamment pp. 66-67 et 69-71].

Bruguière (M.), La première Restauration et son budget, Paris, 1969

Burckel (V.) et Crémiers (C. de), Histoire de la comptabilité publique, Paris, Economica, Poche, Finances publiques, n°5, 1997, 112 p.

Drago (R.), Imbert (J.), Tulard (J.) et Monnier (F.) (dir.), Dictionnaire biographique des membres du Conseil d’Etat, 1799-2002, Paris, Fayard, 2004, 988 p. [Notice p. 89]

Guéna (Y.), Le baron Louis 1755-1837, Paris, Perrin, 282 p.

Marion (M.), Histoire financière de la France depuis 1715. Tome V – 1819-1875, Les gouvernements de Suffrage restreint et les gouvernements de suffrage universel à tendance conservatrices, Paris, Rousseau, 1928, 691 p.

Articles :

Bottin (M.), Introduction historique au droit budgétaire et à la comptabilité publique de la période classique, in Isaia (H.) et Spindler (J.) (dir.), Histoire du droit des finances publiques, Volume 1, Les grands textes commentés du droit budgétaire et de la comptabilité publique, Paris, Economica, Finances publiques, 1986, pp. 3-31.

Bottin (M.), Villèle et le contrôle des dépenses publiques. L’ordonnance du 14 septembre 1822, in Bontoux (J.), Descamps (F.) et Pernot-Burckel (dir.), La Comptabilité publique, continuité et modernité, Actes du colloque tenu à Bercy les 25 et 26 novembre 1993, Paris, CHEFF, IN, 1995, pp. 7-30.

Bruguière (M.), Notice in Yvert (B.) (dir.), Dictionnaire des ministres (1789-1989), Préface de Tulard (J.), Paris, Perrin, 1990, pp. 152-154.

Cartelier (L.) et Charles (H.), A la rencontre du droit et de l’économie : la fondation du droit budgétaire, in Isaia (H.) et Spindler (J.) (dir.), Histoire du droit des finances publiques, Volume 1, Les grands textes commentés du droit budgétaire et de la comptabilité publique, Paris, Economica, Finances publiques, 1986, pp. 35-57.