BEVERIDGE William Henry, Lord
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 16/07/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Rangpur (Bengale) le 5 mars 1879 - Mort à Oxford le 16 mars 1963.

Homme politique, économiste et administrateur britannique

William Beveridge est né au Bengale en 1879 car son père y était juge de l’Indian Civil Service.  Après des études de littérature classique à Oxford, il entreprend de travailler comme juriste avant de s’investir en 1902 dans une fondation charitable londonienne Toynbee Hall. En 1905, il est recruté comme journaliste au quotidien conservateur Morning Post, où il est chargé des questions sociales.

Il rencontre en 1907 Winston Churchill, qui est bientôt nommé ministre de l'économie, dans le gouvernement libéral d’Asquith (1908-1915). Entré dans la haute fonction publique, Beveridge dirige les services du chômage en 1909. Il amène Lloyd George à faire adopter la National Insurance Act de 1911 et promeut un projet de retraites pour les vieux. Fait chevalier après son service dans la gestion des forces pendant la première guerre mondiale, il devient secrétaire permanent du ministère du ravitaillement. Il quitte en 1919 le Civil service pour devenir, avec le soutien de ses relations parmi les socialistes de la Fabian society, directeur de la London School of Economics (1919-1937), puis il rejoint l’University College, à Oxford.

En juin 1941, à l’instigation du ministre travailliste du travail Ernest Bevin, le ministre sans portefeuille Arthur Greenwood, travailliste lui aussi, le fait nommer à une commission pour l’étude des problèmes d’assurances et de sécurité sociales. La présidence en est confiée à sir William Beveridge. Son rapport est publié le 2 décembre 1942. Il « dépasse par son ampleur de vue tout ce qu’on pouvait en attendre et devient, chose rare pour un document officiel, un véritable best-seller » (M. Charlot). Ce rapport prône en effet une politique sociale globale. C’est la conception du Welfare State qui suscite la méfiance du premier ministre conservateur W. Churchill.

La célébrité de son rapport social n’efface cependant pas son attachement libéral. Lors des élections de 1945, le raz de marais travailliste emporte même son siège de Berwick-on-Tweed (Northumberland), où il avait été élu l’année précédente.

           
Anobli en 1946, il devient Baron de Tugall (Northumberland) et prend ainsi la tête du groupe libéral à la Chambre des Lords.
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Par opposition au modèle allemand de gestion des finances sociales (bismarckien dit « d’assurance sociale »), le système préconisé par Beveridge, dit « sécurité sociale », repose sur la solidarité ; il est financé par l’impôt.
Le Welfare State

Le système de Sir Beveridge est au coeur du Welfare State anglais, tel qu’il a fonctionné pendant plus de trente ans et qu’il subsiste encore aujourd’hui.

Le professeur de sociologie Numa Murad est l’auteur d’une excellente synthèse du système de Sir William Beveridge que nous nous permettons de reproduire ici :

« C’est Churchill qui nomme en 1940 lord Beveridge président d’un comité interministériel chargé de proposer des améliorations à l’ensemble des dispositifs de protection sociale. Un lord, libéral et admirateur de Keynes, va préparer un programme que les travaillistes mettront en œuvre avec vigueur après la guerre. Décidément, la protection sociale est une invention politique extraordinaire. »

« Keynésien, le programme de Beveridge l’est assurément. Pour lutter contre « les cinq géants », le manque de ressources, la maladie, la vieillesse, l’ignorance et le taudis, il faut « une redistribution du revenu à la fois verticalement et horizontalement » (Du travail pour tous dans une société libre, 1945). Beveridge est hanté par la crainte de voir réapparaître le sous-emploi après la guerre : « sil faut emprunter, on empruntera […]. L’Etat doit en toute hypothèse effectuer un décaissement total suffisant pour réaliser le plein emploi. »

« Une grande publicité est donné au rapport de Beveridge. Il sera disponible en France dès 1945. Son audace tient, selon Perrin, à ce qu’il fallait approfondir la cohésion nationale pour faire supporter aux Britanniques l’effort de guerre (Pour une théorie sociologique de la sécurité sociale dans les sociétés industrielles, Revue française de sociologie, juin-sept. 1967). L’idée de Welfare State s’est confondue pour les Anglais avec les buts défensifs de la nation. Il suffira, pense-t-on alors, de convertir une petite partie de l’effort de guerre – l’impôt – en un effort pour la paix.

« Le programme Beveridge ne fait pourtant pas table rase du passée. Il s’agit plutôt d’une synthèse et d’un élargissement de réalisations antérieures. Inspirée par le prototype néo-zélandais de protection sociale (1938), que les uns voient comme « un socialisme sans doctrine » et les autres comme « un dirigisme colonial », il vise, comme aux Etats-Unis, à éviter avant tout la misère. Les prestations prévues doivent donc être les mêmes pour tous, et indépendantes du revenu. Beveridge veut supprimer les pratiques vexatoires de l’assistance et éviter que des groupes de pression se constituent pour marchander leurs droits comme c’était le cas dans le système des assurances. C’est une crainte prémonitoire. »

« On retrouve le programme de Beverdige dans les multiples déclarations internationales qui sont en général assez vagues, varient avec leurs inspirateurs et tendent à être plus généreuses et œcuméniques que les déclarations effectivement adoptées par les Etats-nations. L’article 22 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (ONU 1948, reconnaît à toute personne un droit à la sécurité sociale « en tant que membre de la société ». » (N. Murard, La protection sociale, 5e éd., La découverte, 2004, pp. 50-51).

L’idéal beveridgien a eu une grande influence sur la conception du système de sécurité sociale adopté en France avec les ordonnances de 1945. Mais l’affrontement politique perpétuel, que les modalités pratiques de la Sécurité sociale ont suscité en France, a conduit à un mélange du système bismarckien (assurantiel avec les cotisations contre la maladie, le chômage et la vieillesse) et du système beveridgien (solidarité avec les allocation familiales).

The National Insurance Act

En application du plan Beveridge, en 1946 le gouvernement travailliste de Clement Attlee fait adopter la National Insurance Act qui instaure la sécurité sociale anglaise et révolutionne notamment le système médical anglais en procédant à une radicale collectivisation et gestion décentralisée de la médecine de baseavec le National Health Service. Cette loi entre en vigueur le 5 juillet 1948. Pour le détail de sa préparation et de son adoption confiée à Aneurin Bevan, ministre de la Santé et représentant de l’aile « gauchiste » du parti travailliste, que Attlee pensait calmer en lui confiant des responsabilités (cf. M. Charlot, L’Angleterre. 1945-1980. Le temps des incertitudes, pp.56-64). Le manque de souplesse tactique de Bevan ne lui permis d’ailleurs pas de parer à toutes attaques des médecins conservateurs auxquels il consentit plusieurs compromis afin de rallier l’ensemble de la profession médicale (la possibilité de conserver une clientèle privée dans les hôpitaux publics pour les spécialistes notamment).

           
Le financement de l’aide aux sans emplois, aux malades, aux chargés de famille et aux vieillards repose sur des contributions d’employeurs et de salariés complétés par des fonds publics, issus de l’impôt. A l’époque, chaque salarié, mis à part les femmes mariées, paye 4 shillings et 11 pennies par semaine de contribution à la Sécurité sociale. Cela représente 5 % des revenus moyens d’un travailleur. James Griffiths, nouveau ministre travailliste de la Sécurité sociale auprès de Bevan (1945-1950) déclarait alors qu’il s’agissait  « de la politique d’assurance la meilleure et la moins chère offerte au peuple britannique ou à n’importe quel peuple où que ce soit ». Son succès a amené le conservateur Nigel Lawson, chancelier de l’échiquier  de M. Thatcher (1983–1989) à voir dans le National Health Service la « religion nationale » des Anglais.
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de Lord Beveridge

Beveridge (Sir W.), Plan de Sécurité sociale, 1942: Social Insurance and Allied Services, New York, Agathon Press, 1969, 299 p.

  • Du travail pour tous dans une société libre (Full employment in a free society), trad. de Henry Laufenburger et J. Domarchi, Paris, Domat-Montchrestien, 1945, 459 p. (selon Friedrich Hayek, cet ouvrage a été rédigé avec l’aide de Nicholas Kaldor).
  • Why I am a liberal, Londres, Jenkins, s.d [1945], 115 p.

B- Ecrits relatifs à Lord Beveridge à au Welfare State

Ouvrages :

Beveridge (J.), Beveridge and his plan, Londres, Hodder and Stoughton, 1964, 239 p.
Harris (J.), William Beveridge: A Biography, New York, Oxford University Press, 1977.
Charlot (M.), L’Angleterre. 1945-1980. Le temps des incertitudes, Paris, IN, Notre siècle, 1981, 435 p. (consulter notamment les pages 16 à 18 sur le rapport de la commission Beveridge et pp.56-64 sur le Welfare State, bibliographie, p.410)
Murard (N.), La protection sociale, 5e éd., La découverte, coll. Repères, 2004, 122 p.
Philip (L.) (dir.), Les finances sociales. Unité ou diversité ?, Aspects administratif, constitutionnel, économique et financier, Actes du VI coll. de la SFFP, Aix, Paris, Economica, 1995, 256 p.
Pellet (R.), Les finances sociales : économie, droit et politique, Paris, LGDJ, coll. Systèmes, 2001, 211 p.
Pellet (R.), Finances publiques et redistribution sociale, Actes du colloque de la SFFP, Lille, Paris, Economica, 2006, 414 p.

Articles :

"Plans pour la sécurité sociale en Grande Bretagne : le rapport de Sir William Beveridge sur l'assurance sociale et les services connexes", Revue internationale du travail, 67 (1), 1943, pp. 51-67.

Numéro spécial sur les cinquante ans du Rapport, Revue internationale de sécurité sociale, vol. 45, 1-2/1992.