BISMARCK Otto Eduard Leopold, Graf (comte) von Bismarck, puis Fürst (prince) von Bismarck-Schönhausen, Herzog (duc) von Lauenburg
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 20/07/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Schönhausen le 1er avril 1815 (Poméranie) ; mort à Friedrichsruh (Schleswig-Holstein) le 30 juillet 1898

Homme d’Etat allemand

Il fut l’artisan de l'unité allemande et le premier chancelier de l'Empire allemand (1871-1890). Junker prussien particulièrement conservateur, aristocrate et monarchiste, il eut une rare capacité politique à endosser les buts politiques les plus contraires à ses opinions pour satisfaire ses propres objectifs, composant ainsi un étrange figure de révolutionnaire conservateur (cf. L. Gall, Bismarck : le révolutionnaire blanc). C’est ainsi qu’ardent défenseur de la Prusse, il vit tout l’intérêt de réaliser l’unité de l’Allemagne sur la seule « petit Allemagne » du Nord, protestante autour du royaume prussien. Bien que ce projet fut alors défendu par les libéraux, il le fit sien et le mena à terme. Bien qu’antisocialiste forcené, il installe la législation sociale la plus avancée de l’époque en Europe.

Fils d’un militaire prussien, sa mère lui fait suivre une instruction secondaire classique et non pas les leçons d’un précepteur. Etudiant en droit à Göttingen et Berlin, il ne s’y investit pas beaucoup mais cela ne l’empêche pas de se cultiver par ailleurs. Investi de la gestion du domaine familial à la mort de sa mère en 1839, il y trouve peu d’intérêt et occupe un temps un poste d'intendant des digues. Ce nouveau dérivatif se révèle à nouveau insuffisant et il se tourne vers l’activité politique. Délégué à l'assemblée des États Provinciaux de Prusse, il assiste au printemps des peuples (le Vörmarz) qui atteint la Prusse les 18 et 19 mars 1848. Le mouvement défait,  il est élu député au Parlement prussien l’année suivante. Représentant de la Prusse à Francfort, puis ambassadeur à Francfort devant la Confédération, Bismarck commence alors par défendre l’Autriche avant de chercher à en réduire l’influence en adoptant le projet de « petite Allemagne » (Kleindeutschland) contre l’unification allemande autour de l’Autriche. En 1859, il devient ambassadeur en Autriche, puis en Russie, enfin à Paris en 1862. Pour atteindre son but, il recherche avec succès l’alliance de l’empereur français Napoléon III. Bien que méfiant à l’égard de ses initiatives, le roi Guillaume de Prusse est contraint de le nommer en 1862 Chancelier et Ministre des Affaires étrangères de Prusse, afin de régler le conflit qui l’oppose au Parlement libéral.
           
L’unification de l’Allemagne du Nord repose sur plusieurs conflits successifs. Appuyé sur l’alliance avec la Russie, la France et l’Angleterre, Bismarck commence par arracher les duchés de Schleswig et de Holstein au Danemark en 1864. Se retournant contre l’Autriche, il la bat à Sadowa (1866) et annexe le Hanovre, la Hesse-Cassel, Nassau et Francfort et crée la Confédération d'Allemagne du Nord. Manquent alors les principautés catholiques d’Allemagne du Sud, hors Autriche (Bade, Wurtemberg, Bavière). A l’occasion de la « dépêche d'Ems », la France, provoquée, déclare la guerre à la Prusse en 1870. La Prusse, soutenue par les principautés d’Allemagne du Sud, bat la France et Bismarck fait couronner le roi de Prusse Guillaume Ier Empereur d'Allemagne dans la galerie des glaces de Versailles en 1871. L’Alsace (hors Belfort) et la Moselle sont annexées comme « terres d’Empire ». Premier Reichskanzler (chancelier d’empire), il s’emploie à stabiliser le nouveau système européen. Il maintient la paix en nouant des alliances notamment avec l’Autriche et la Russie. Pour offrir un dérivatif à une France avide de revanche (qui débouchera sur la première guerre mondiale en 1914), il favorise sa politique coloniale ainsi que celle de l’Angleterre. En politique intérieure, il mène le combat contre les catholiques (épisode dit du Kulturkampf) et les sociaux-démocrates mais avec moins de succès. Par ailleurs, il créé en 1873 le Reichsmark, réorganise l’armée et la justice de l’Empire.

Sa chute vient de la succession prussienne. Si Guillaume 1er le laisse gouverner, tout comme son fils Frédéric III, la mort brutale de ce dernier en 1888 amène sur le trône l’empereur Guillaume II dont l’obsession est de se débarrasser de la tutelle bismarckienne et de mener à son tour une politique coloniale et navale afin de concurrencer la marine de sa grand-mère Victoria. Profitant des élections de 1890 qui voit le Zentrum catholique et les sociaux-démocrates réaliser plusieurs gains, Guillaume II le contraint à démissionner. Retiré dans son domaine de Friedrichsruh près de Hambourg, Bismarck assiste alors au rapprochement de la France avec la Russie et le Royaume-Uni, qu’il avait cherché à éviter par tous les moyens.

 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Il peut paraître surprenant de traiter du prince von Bismarck au sein d’un site consacré aux principaux auteurs de finances publiques. Or, s’il est plus connu pour son œuvre politique d’homme d’Etat allemand ayant puissamment réunie l’Allemagne du Nord, sa volonté de combattre les sociaux-démocrates allemands l’a amené à créer un modèle de sécurité sociale qui reste encore une référence. Il déclara alors « messieurs les démocrates joueront vainement de la flûte lorsque le peuple s’apercevra que les princes se préoccupent de son bien-être ».

L’interdiction des organisations sociales-démocrates ne suffisant pas à freiner leur progression politique, il institue entre 1883 et 1889 un système cohérent de sécurité sociale composée d’un système de retraite obligatoire et d’assurances santé et accident pour les travailleurs. Ce système bismarckien de gestion des finances sociales  « d’assurance sociale », est financé par des cotisations des travailleurs, tandis que le modèle anglais instauré en 1945 (Beveridge) repose sur l’idée de solidarité entre les habitants, et est financé par l’impôt. Prévaut alors « en A1lemagne une conception (…) hégélienne de l’Etat comme fin suprême de l’individu. C’est le Sozial Staat, soutenu par une administration puissante et, au plan doctrinal, par des économistes qui ne font pas totalement confiance au marché. Bismarck est pourtant un libéral : il s’opposera  à une limitation de la durée du travail des femmes et des enfants. Il s’agit bien plus en Allemagne d’un projet visant l’application des méthodes administratives au gouvernement des hommes, projet essentiellement politique. » (N. Murard, La protection sociale, 5e éd., La découverte, 2004, p. 18).
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de Otto von Bismarck

Bismarck (O. von), Pensées et souvenirs du Prince Otto von Bismarck, trad. et annoté par J. Ris, 3e vol., Strasbourg - Paris, Imprimerie strasbourgeoise, 1921, XL-246 p.

Bismarck (O. von), Mémoires authentiques du prince de Bismarck. Pensées et souvenirs, 5e éd., tard. par E. Jaeglé, Paris, Le Soudier, 1899, 2 vol (I. La guerre de 1870-1871 et II. Entretiens et souvenirs).

Bismarck (O. von), Correspondance diplomatique de M. de Bismarck (1851-1859) [Preussen im Bundestag 1851-1859], publiée d'après l'édition allemande de M. de Poschinger, sous la direction et avec une préface de M. Th. Funck-Brentano [Preussen im Bundestag 1851-1859, Leipzig, 1882], traduction de M.L. Schmitt, Paris, Plon, 1883, 2 vol. (XXXIX-425, VIII-453 p.)

Bismarck (O. von), Lettres politiques confidentielles de M. de Bismarck : 1851-1858, publiées par M. Henri de Poschinger, trad. par E.-B. Lang, Paris, Ollendorff, 1885, X-338 p.

Bismarck (O. von), Les discours de M. le Prince de Bismarck avec notices historiques, sommaires et notes, nlle éd., Berlin, Wilhelmi, 1885-1889, 15 tomes en 9 vol. et notamment vol. VI, Politique sociale de l'Empire allemand. Documents historiques et législatifs, Débats parlementaires, 1889.

B- Ecrits relatifs à Otto von Bismarck et à l’assurance sociale

Ouvrages :

Bainville (J.), Bismarck, Paris, Editions du siècle, coll. L'histoire vivante, 1932, XI-270 p.
Bled (J.-P.), Bismarck : De la Prusse à l’Allemagne, Paris, Alvik, 2005, 332 p.
Gall (L.), Bismarck : le révolutionnaire blanc, trad. par J.-M. Gaillard-Paquet et par O. Demange, Paris, Fayard, 1994, 849 p.
Kott (S.), Bismarck,  Paris,  Presses de Sciences Po,coll. Facettes, 2003, 357 p.
Richter (W.), Bismarck, trad. M. Senil, Paris, Plon, 1965, 604 p.

Eichenhofer (E.) (dir.), Bismarck, die Sozialversicherung und deren Zukunft? [Bismarck, l’Assurance sociale et son avenir ?], Berlin, Berlin Verlag Spitz,  2000, 131 p.
Murard (N.), La protection sociale, 5e éd., La découverte, coll. Repères, 2004, 122 p.
Philip (L.) (dir.), Les finances sociales. Unité ou diversité ?, Aspects administratif, constitutionnel, économique et financier, Actes du VI coll. de la SFFP, Aix, Paris, Economica, 1995, 256 p.
Pellet (R.), Les finances sociales : économie, droit et politique, Paris, LGDJ, coll. Systèmes, 2001, 211 p.
Pellet (R.), Finances publiques et redistribution sociale, Actes du colloque de la SFFP, Lille, Paris, Economica, 2006, 414 p.

Articles :

Grabower (R.), Bismarck und die Steuern. Zugleich ein Beitrag zur Lehre von der Tradition im Steuerwesen, Finanzarchiv, vol. 22, n°3, août 1963, pp. 377-463.