BOISGUILBERT Pierre Le Pesant de
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 16/07/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né le 17 février 1646 à Rouen – mort le 10 octobre 1714 à Rouen.
Juriste et économiste français.

Fils de Nicolas de Boisguilbert, Pierre est baptisé le 17 février à Sainte-Croix-Saint-Ouen de Rouen.  Issu d'une famille de la noblesse de robe normande, il fait ses études à Rouen chez les jésuites, puis chez les jansénistes de Port-Royal avant de faire son droit à l'Université de Paris.

Avocat, puis magistrat, il est nommé en 1676 vicomte de Montivilliers (c'est à dire prévôt), charge qu'il a acquise. Il devient lieutenant général au bailliage et siège au présidial de Rouen en 1690, puis en obtient en 1699 la charge de lieutenant de police.

Ses démêlés constants avec les corps constitués de la province normande aggravent sa situation car ses écrits de réformateur fiscal sont jugés très subversifs. Le Factum de la France et son Supplément au factum (1707), dirigés contre Michel de Chamillart (contrôleur des Finances et secrétaire d'Etat à la guerre), lui valent d'être exilé en 1707.

Réintégré, il transmet ses charges à son fils avant de mourir à Rouen en 1714.

 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Considéré par la plupart des économistes modernes comme le fondateur de l'économie politique, Boisguilbert a vu son oeuvre réévalué au XXe siècle. Il est un des auteurs majeurs du début du XVIIe siècle en France en matière de fiscalité du fait de l'originalité de ses critiques et de ses propositions de réforme.

Fondateur de l'économie politique moderne

Farouche opposant au mercantilisme (appelé aussi « colbertisme » ou « bullionisme ») qui ne voyait la richesse d'une économie qu'à la quantité de métal précieux détenu par une nation, Boisguilbert met l'accent sur l'importance de la production et des échanges. Il est ainsi directement la source d'inspiration des physiocrates et d’Adam Smith. Le recueil de ses oeuvres édité par l'INED en 1966, comme l'ouvrage majeur de G. Faccarello, insiste sur cette place que plusieurs économistes comme Schumpeter, ont contribuée à lui rendre.

Toute son analyse critique de la fiscalité d'Ancien Régime est ancrée dans ses conceptions économiques.

Sa violente critique du système fiscal de l'Ancien Régime

Attaché à défendre l'importance de la production et des échanges économiques, Boisguilbert ne peut que rejeter un système fiscal qui en constitue autant de freins. Ses oeuvres critiquent la multiplication des octrois et des droits hérités du système féodal. Les octrois et les aides constituent des impôts « quatre fois plus forts que les marchandises n’en peuvent porter ». Quant à la taille, son inefficacité économique réside dans le fait qu’elle soit basée sur la condition sociale des contribuables et non sur leur capacité contributive.

Ses projets de réforme fiscale

S’il a entretenu de nombreuses relations avec son cousin Vauban, il diverge avec lui sur plusieurs points et s’opposa à sa dîme. Alors que Vauban insiste surtout sur le changement des techniques fiscales, en prônant notamment la répartition, Boisguilbert focalise son analyse sur la limitation de l’intervention économique de l’Etat par l’impôt. Il demandait ainsi la suppression des offices et des fermiers généraux, qui alourdissent les charges fiscales pour les contribuables et réduisent les revenus de l’Etat. Evidemment, ses opinions ont suscité autant d’opposition chez les titulaires de charges et places concernés.

Comme Vauban et de nombreux auteurs de l’époque (Mirabeau père par exemple), il prône une simplification du système fiscal par l’adoption d’un impôt unique. Il propose ainsi deux impôts pour remplacer l’ensemble du système fiscal : l’un sur les feux, l’autre plus connu est une dîme proportionnelle (10%) au revenu de la terre, dîme à laquelle l’ensemble de la population sans exception d’état serait soumis. Il la présente dans son Moyens d'augmenter considérablement les revenus de la couronne, par l’établissement d’une dîme royale ; et suppression des impôts, sans appréhension d’aucune révolution dans l’Etat, en insistant sur l’intérêt financier de l’opération pour l’Etat.

           
Par ses travaux, il est ainsi l’inspirateur du « dixième », nouvel impôt instauré par le contrôleur général Nicolas Desmarets en 1710. Cependant, contrairement à ce que prônait Boisguilbert, le « dixième » n’est qu’un impôt supplémentaire, auquel les privilégiés (clergé, noblesse et villes) échappent et que seuls les taillables supportèrent. C’est évidemment un échec tout comme la tentative de mise en place de son système autour de Chartres qui suscita les oppositions radicales de tous les financiers et de plusieurs hommes d’Etat (Amelot, directeur du commerce, d’Argenson, lieutenant de police, de Harlay, premier président du Parlement de Paris).
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de Boisguilbert

L'essentiel de son œuvre économique a été réédité dans le volume suivant:

Hecht (J.), Pierre de Boisguilbert ou la naissance de l’économie politique, Préface d'A. Sauvy, Paris, I.N.E.D., 1966.

Ses principales oeuvres économiques sont les suivantes:

B- Ecrits relatifs à Boisguilbert

Ouvrages :

Cadet (F.), Pierre de Boisguilbert précurseur des économistes 1646-1714. Paris, Guillaumin, 1871
Chantrel (L.), Genèse de l’économie politique et constitution de l’Etat moderne, la pensée fiscale en France de la fin du XVIe au début du XVIIIe siècle, thèse Aix-Marseille II, 1987, 741 p.
Faccarello (G.), Information, anticipations et équilibre macro-économique chez P. de Boisguilbert (1646-1714), thèse, Université de Lille III, 1984.
Faccarello (G.), Aux origines de l’économie politique libérale : Pierre de Boisguilbert. Paris, Anthropos, 1986, 312 p. (Note bibliographique par J.-Y. Grenier, Annales. Histoire, Sciences Sociales, Année 1988, Vol. 43, N° 4, pp. 929 – 932).
 Ouvrage essentiel. Sur la doctrine politique et fiscale des jansénistes, et sa traduction chez Boisguilbert, consulter plus spécifiquement le quatrième chapitre.
Molinier (J.), Les métamorphoses d'une théorie économique. le revenu national chez Boisguilbert, Quesnay et J.-B. Say, Paris, Colin, 1958
Talbot (A.), Les théories de Boisguilbert et leur place dans l'histoire des doctrines économiques. New York, B. Franklin, 1971

Articles :

Mc Donald (S. L.),Boisguilbert, théoricien précurseur de la demande globale, Revue économique, 1955, vol. 6, n° 5, pp. 789-795.