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Né au Mans le 30 mars 1863- Mort à Mamers le 22 novembre 1944
Homme d’Etat français
Il est le fils d’Eugène Caillaux (1822-1896), polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées, ministre des travaux publics (1874-1876) puis des finances (gouvernement réactionnaire du 16 mai 1877), plus tard président du P.L.M. (de 1892 à sa mort). Il pousse son fils, allergique aux mathématiques, à faire les mêmes études que lui. Joseph échoue cependant au concours de 1883 (303 e pour une promotion de 227 admis).
L’envol
En 1887, il échoue à sa première tentative au concours de l’Inspection des Finances. En 1888, il est reçu second sur cinq. Il a bénéficié de l’aide de Léon Say, ancien ministre des finances pour préparer le concours. L. Say a adressé une lettre de recommandation au jury pour le rassurer sur les occupations non politiques du jeune Caillaux. Le jury pouvait en effet craindre de recruter le fils d’un ministre du 16 mai. J. Caillaux est adjoint à l’inspection générale à 25 ans. Il devient inspecteur des finances en 1890. Il le reste jusqu’en 1898.
Après un échec aux municipales partielles de 1896 (suite au décès de son père Eugène, maire d’Yvré-Lévèque), en 1898 il est élu député de l’arrondissement de Mamers. Il bât le duc de Doudeauville, député conservateur sortant. Pour cela, il est devenu candidat des républicains. Il reste prudemment flou quant à son positionnement politique. Il ne rejoint les radicaux que plus tard (il en devient le président en 1913), son implantation étant assurée (il est réélu au premier tour en 1902, 1906, 1910, 1914). Pour l’heure, il fait partie de l’Alliance républicaine et démocratique de Poincaré. L’évolution de ce grand bourgeois, arrogant et cabotin, de la droite républicaine à la gauche radicale lui vaudra, un peu comme à Fr. Mitterrand, une solide réputation de traîtrise à la droite de l’hémicycle et presque autant d’insultes qu’à Léon Blum.
Sa carrière ministérielle commence dès l’année suivante. Il est choisi sur la base de sa réputation de spécialiste des finances publiques est devient ministre des Finances de P. Waldeck-Rousseau (1899-1902). C’est pendant ce ministère qu’il s’oppose (par prudence, pour mieux en assurer l’adoption – et y attacher son nom - quand le sénat y sera plus favorable selon J.-Cl. Allain, 1978) à un projet d’impôt sur le revenu (qu’il ne prône d’ailleurs dans aucun des deux volumes de son traité de fiscalité) et écrit (le 5 juillet 1901) à sa maîtresse et future femme le mot qui lancera la campagne du Figaro le 13 mars 1914 : « J’ai d’ailleurs remporté un très beau succès : J’ai écrasé l’impôt sur le revenu en ayant l’air de le défendre. signé : Ton Jo ». Ce billet stupide d’un jeune ministre trop satisfait de lui prépare « le désastre de sa vie » (J.-D. Bredin, p. 63). Tout en préparant le sien propre, il s’opposera de la même façon à d’autres médiocres projets d’impôt sur le revenu, comme l’insuffisant projet Rouvier (dont il est pourtant un proche) en 1904.
Le zénith
Après avoir été porté à la vice-présidence de l’Assemblée en 1906 - car vice-président de l’Alliance Républicaine & Démocrate de Poincaré, il est très proche des radicaux - il redevient ministre des Finances de G. Clemenceau (1906-1909). Leurs relations ne laissent en rien présager de leurs haines futures.
Il dépose le 7 février 1907 son projet d’impôt personnel et progressif sur le revenu. La discussion générale s’ouvre le 1 er juillet. Il subit l’opposition de nombreux parlementaires dont Jules Roche (« Votre projet constitue un péril national ») et R. Poincaré qui se sépare de lui en le taxant de « fourrier du socialisme ». Avec patience et quelques concessions, il obtient le vote du projet le 9 mars 1909 par 388 voix contre 129, plus qu’il ne l’espérait. Il a gagné une opposition haineuse de la droite. Il reste à convaincre le Sénat, ce qui n’est pas le plus aisé. La loi se perd d’abord dans les arcanes des discussions en commission. L’enterrement est évité car, face à la menace militaire, le Sénat est contraint d’assurer la couverture des dépenses publiques.
L’adoption de l’Impôt sur le Revenu (1909 puis 1914 –1917)
Pendant les deux ans du gouvernement Briand (1909-1911), il ressert ses liens avec les milieux d’affaires et recueille deux présidences de conseils d’administration (Crédit Foncier égyptien et Crédit Foncier Argentin). Après sa réélection, il s’inscrit désormais au groupe de la gauche radicale. Appelé à nouveau aux Finances par l’éphémère président du conseil E. Monis, il lui succède quelques mois plus tard.
Désormais président du Conseil et ministre de l’Intérieur, il place deux médiocres (selon lui) aux Finances et aux Affaires étrangères pour diriger ces départements. Soucieux de relancer la réforme de l’impôt sur le revenu, il est en fait surpris par les affaires marocaines (Agadir 1911), qui l’amènent à élaborer à la hâte une politique audacieuse d’apaisement avec l’Allemagne. Il négocie avec succès des arrangements coloniaux au Cameroun pour préserver les intérêts français au Maroc et, surtout, la paix. Au Palais Bourbon, il obtient une très large majorité (393 voix contre 36). C’est au sénat, lors des débats parlementaires relatifs au traité avec l’Allemagne, qu’il nie, par pure emphase et sans que personne ne lui ait absolument rien demandé, l’existence de négociations politiques et financières secrètes, alors que ses ennemis sont parfaitement au courant. Clemenceau se jette sur la faille, interroge le ministre des Affaires étrangères qui se saisi de l’occasion pour se venger d’un président du conseil qui l’a écarté et humilié pendant les négociations. Il ne se défend pas, Clemenceau et lui se disputent avec Caillaux. Selves démissionne. Incapable de le remplacer, Caillaux doit démissionner le 11 janvier 1911, tout juste auréolé d’un succès international inattendu.
Poincaré le remplace et fait voter l’accord franco-allemand. Son élection à la présidence de la République démontre l’inorganisation des radicaux. En 1913, ils organisent un grand parti radical et radical-socialiste et élisent président Caillaux, qui n’était jusqu’alors pas adhérent. Le 13 décembre 1913, Caillaux s’oppose au budget du gouvernement Barthou qui souhaite lever un emprunt en exonérant la rente de l’impôt sur le revenu pourtant voté en 1908. Le gouvernement tombe, mais Poincaré, refuse de l’appeler. Il est cependant contraint de nommer Doumergue qui confie à Caillaux les Finances. Celui-ci relance la discussion sur l’impôt sur le revenu et projette un impôt sur la fortune, progressif par tranches ne dépassant pas 2,5 %. La loi adoptée en 1909 devra attendre 5 ans que le Sénat, pressé par la Guerre consente enfin à l’adopter. La loi de 1917 viendra compléter la réforme.
La chute et le repli
La chute de Caillaux est provoqué par la perte de sang-froid de sa seconde épouse et par ses grandes imprudences pacifistes.
Profondément haï pour sa politique étrangère et fiscale, il est l’objet d’une campagne de presse d’une rare délicatesse. A partir 13 décembre 1913, Calmette, directeur du Figaro, inspiré par Barthou - qui vient de fonder avec Briand une Fédération des Gauches pour rassembler la droite contre le chef des radicaux - mène campagne contre Caillaux. Faisant feu de tout bois, Le Figaro publie au cours du débat sénatorial décisif sur l’IR le mot de Caillaux à sa première femme, que celle-ci, trompée pendant trois ans avant d’accepter le divorce en 1911, a conservé par-devers elle tout en simulant sa destruction. Il est désormais surnommé « Ton Jo » par Le Figaro et la presse qui l’attaque (Action française, etc.). Sa seconde femme, Henriette, rend visite au directeur du journal et l’abat de quatre balles le 17 mars 1914. Caillaux démissionne le 18. Malgré la victoire de ses accords de désistement avec les socialistes en avril 1914 – il envisageait de gouverner avec Jaurès – Caillaux, brillamment réélu, ne peut accéder à Matignon qui échoit à Viviani.
Après trois mois d’instruction, le procès a lieu du 20 au 28 juillet 1914. Mme Caillaux est acquittée mais le même jour, l’Autriche déclare la guerre à la Serbie. Harcelé, inquiété après l’assassinat de Jaurès, Caillaux est contraint de s’éloigner de Paris, et il déplore dans ses mémoires ne pas pouvoir ainsi influer sur le gouvernement qui ne tente pas, selon lui, de freiner le bellicisme germanique.
Pendant la guerre, après s’être engagé dans un poste de payeur principal auprès de l’Etat-major qui ne lui cache pas sa défiance, il est envoyé en mission d’étude commerciale au Brésil par un gouvernement trop heureux d’écarter ce politique encombrant. Il y fréquente sans précaution celui qui sera par la suite identifié comme agent allemand. Il fera de même en Italie. A mesure que le conflit s’enlise, lui-même se répand en propos pacifistes et fréquente plusieurs personnages qui se révéleront vite peu recommandables. Aveuglé par son orgueil et sa volonté de revenir sur la scène politique sur le terrain de la pacification des relations franco-allemandes, qui lui a apporté ses plus grandes gloires, il ne prend pas suffisamment de précautions et il est toujours mis en cause par la presse de droite, Action française en tête et d’un autre côté par L’Homme enchaîné de Clemenceau qui traquent ceux qu’il considère comme pacifistes et anti-militaristes. Si rien ne permet véritablement de mettre en cause sa bonne foi, l’amalgame est vite fait. Son comportement peu prudent est facilement assimilé à de la haute trahison. En 1917, suite à la démission de deux gouvernements (Ribot et Painlevé) deux options s’offrent à Poincaré. La politique pacificatrice en appelant Caillaux ou la guerre à outrance en appelant Clemenceau qui a patiemment assis sa réputation par son énorme production de journaliste et par son travail à la tête des commissions sénatoriales de la guerre et des affaires étrangères. Clemenceau étant le seul susceptible de mener la politique qu’il préconise. Haïssant plus Caillaux qu’il ne haït Clemenceau, Poincaré appelle donc ce dernier à la présidence du conseil. Clemenceau, excité contre lui par le président Poincaré, toujours serviable, poursuit Caillaux devant la Haute Cour de Justice. Après la levée de son immunité parlementaire. Il est jeté en prison.
Il reste emprisonné à la Santé de 1918 jusqu’à son procès devant la Haute Cour en 1920. Lors de la parution en 1919 de son livre intitulé « Agadir. Ma politique extérieure », parmi les rares soutiens lui exprimant des remerciements pour l’envoi du livre, seuls trois universitaires accusent réception de l’ouvrage, parmi lesquels Ch. Gide, économiste, et G. Jèze (que J.-C. Allain, 1981, tome 2, p. 219, qualifie aussi, par erreur, d’économiste). Ce dernier, ne lui « écrit qu’après la conclusion du procès, dont il stigmatise le verdict haineux ». Quand s’ouvre son procès, Poincaré vient d’être remplacé à la présidence de la République par son ami Deschanel, qui a battu Clemenceau. Le 23 avril 1920, après près de trois ans d’une lutte acharnée de la part de Caillaux et de ses avocats, les accusations relatives aux articles 77 et 79 du code pénal sont rejetées, le dossier étant vide. Caillaux échappe donc à la peine capitale qui lui était promis depuis plusieurs années. Mais il est condamné sur la base de l’article 78 du code pénal, article jamais invoqué par l’accusation, ni pendant l’instruction, ni pendant les débats ! Il est condamné pour avoir entretenu une correspondance avec des sujets ennemis. Sa peine est calquée sur ses trois ans de préventive et accompagnée de dix ans d’inéligibilité et de cinq ans de proscription de lieux publics. Le soir il sort libre mais exclu de la vie publique.
Il est finalement gracié par le cartel des gauches (vainqueur des élections de 1924). Jaurès transféré au Panthéon, lui se contente de retourner au parlement, cette fois au Sénat à partir de juillet 1925 (il est élu sénateur de la Sarthe sans concurrent). Il y devient un président inamovible et redouté de la commission des finances (vice-président en, 1931, il est élu président en 1932, Jules Jeanneney étant élu président du Sénat), contribuant, en tandem avec le sénateur Marcel Regnier, à faire chuter nombre de ministères taxés d’incompétence financière. Il réoccupe aussi jusqu’à la guerre la présidence du conseil général de la Sarthe.
Il est de retour à plusieurs reprises au Ministère des finances avec les cartels des gauches mais de façon trop courte pour prendre sa revanche. Du 17 avril au 26 octobre 1925 il occupe les Finances dans le ministère Painlevé mais sa politique financière (l’emprunt plutôt que l’impôt sur le capital) aliène les soutiens socialistes du gouvernement. Du 26 juin 1926 au 17 juillet 1926 il est de vice-président du Conseil de Briand mais le gouvernement démissionne suite au refus de la Chambre de lui accorder les pleins pouvoirs. Ayant refusé les Affaires étrangères proposées par Daladier en 1933 et les avances de P. Laval en 1934, il accepte les Finances en 1935 dans le gouvernement Bouisson renversé le jour même de sa présentation par le refus du groupe socialiste mené par L. Blum de lui accorder sa confiance. Le crédit dont il jouit toujours en matière de Finances publiques ne suffit néanmoins plus. Le magicien s’est transformé avec le poids des ans et des épreuves en homme plus soucieux de rigueur que d’innovation. Désormais sa réputation tient dans sa seule orthodoxie financière. Il s’est opposé à l’impôt sur le capital après en avoir défendu le projet en 1913-1914 (impôt progressif par tranches ne dépassant pas 2,5 %). Mais c’était avant d’être écarté du pouvoir. Ces tentatives de retour aux affaires sont des échecs, comme la mission qu’il dirige en 1925 aux Etats-Unis pour négocier la dette française.
En 1937, comme en 1938, il contribue de façon décisive, en tant que président de la Commission des finances du Sénat, à la chute des gouvernements Blum. Il n’était pas totalement opposé au Front populaire mais restait très réticent à une alliance avec les communistes et craint une dynamique révolutionnaire (ironiquement il provoque la démission de Blum en lui faisant refuser les pleins pouvoirs que Blum lui-même lui avait refusés en 1926). Cela ne l’a pourtant pas empêché de voter toutes les grandes lois du Front populaire (congés payés, conventions collectives, 40 heures, hausses de salaires, organisation du marché du blé, contrôle de la Banque de France et dévaluation du Franc). C’est en restant au sein de la gauche qu’il a provoqué la chute des gouvernements de Front populaire. Mais il est désormais « rejeté tant par la droite qui n’avait cessé de la haïr que pour s’en méfier, que par la gauche, qui l’avait aimé mais ne comprenait plus « le vieillard au cœur sec », l’adversaire de Blum » (P. Beltrame).
Le pacifiste Caillaux prêche cependant la guerre à outrance en 1940, mais vote les pleins pouvoirs à Ph. Pétain sans défendre les institutions républicaines. Il se retire à Mamers d’où il rejette toutes les sollicitations de Vichy, limitant sa correspondance avec P. Laval à une seule lettre indignée en 1941, où il défend une fonctionnaire juive contre l’application des lois antisémites. Il meurt discrètement pendant la libération, un an après son épouse.
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