L’œuvre financière de Joseph Cambon est surtout lié à la question de la dette publique dont il entreprit la réorganisation après la quasi-banqueroute de l’Ancien régime et les errements des premières années révolutionnaires. De façon plus anecdotique, sa contribution à la séparation des cultes et de l’Etat a participé de sa compétence financière.
Comme le lui a reproché Robespierre, Cambon a mené une politique « de la planche à billet », ou plutôt « de la planche à assignats », entraînant la dévaluation desdits assignats. M. Botton souligne à ce propos que « l’évolution dess assignats est le signe le plus net de l’abandon de toute orthodoxie financière » (p. 44). Jusqu’au 9 thermidor an II, la Convention procède ainsi à l’émission de la somme colossale de 9 milliards en assignats. Cambon s’en justifie en déclarant que « sans cette ressource, nous serions esclaves » ! Il n’a ainsi pas hésité à recourir à l’inflation pour financer la révolution. La dépréciation monétaire qui s’ensuit nécessite plusieurs mesures de contrainte de plus en plus poussée : cours forcé, exclusion de la monnaie métallique, obligation d’indiquer les pris en assignats, interdiction d’échanger les assignats contre de la monnaie et la fameuse moi du maximum : les prix sont fixés autoritairement afin d’enrayer l’inflation.
Malgré cela, la politique qu’il a mené en matière de dette est bien plus orthodoxe, visant à ramener la confiance des prêteurs.
A la tête du Comité des finances de Convention, il fut le créateur du Grand Livre de la Dette publique, voté le 24 août 1793 par la Convention. Contrairement à ce qui était considéré comme le plus probable, la Révolution choisit la continuité en reconnaissant les dettes de l’Ancien Régime. Le Grand Livre de la Dette publique assure la reconnaissance de l’ensemble des dettes de la France (Ancien Régime et Révolution) mais aux conditions décidées par la Convention. Les différentes modalités d’emprunt ne sont pas toutes conservées, permettant ainsi à la Convention de réorganiser la dette publique à ses conditions. Cambon déclare à ce propos : « Que l’inscription sur le grand livre soit le tombeau des anciens contrats et le titre unique et fondamental de tous les créanciers. Que la dette contractée par le despotisme ne puisse plus être distinguée de celle qui a été contractée depuis la Révolution » (rapporté par M. Bottin, p. 43). La confiance des prêteurs n’est cependant pas complètement assurée puisque sur le milliards de livres escompté de l’invitation aux porteurs d’assignats de prêter à l’Etat eu taux de 5% ne rapporte que 125 millions de livres.
A l’instigation de Cambon a aussi été instauré l’emprunt forcé. Les débats relatif à la fiscalité ne cessant de repousser le choix de l’impôt progressif, Joseph Cambon fait voter le 20 mai 1793 un emprunt forcé de 1 milliard de livres sur les riches : au dessus de 9.000 livres de fortune, « l’emprunt » atteint 100%. Bien qu’il soit accompagné de nouvelles mesures de contraintes seuls 20% du montant prévu n’est prélevé.
Pendant la Révolution, la séparation des Eglises et de l’Etat est obtenue, à l’instigation de Cambon, par le biais financier. Sur rapport de Cambon, la Convention supprime le 18 septembre 1794 le budget des cultes : « La République ne paie ni ne reconnaît aucun culte ».
Son nom est aujourd’hui lié à la Cour des comptes puisque celle-ci a été installée près de la Concorde, rue Cambon, en 1912. |