COLBERT Jean-Baptiste
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 07/09/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à  Reims le 29 août 1619  – Mort le 6 septembre 1683 à Paris

Homme d’Etat français

Jean-Baptiste Colbert est l’aîné de Nicolas Colbert et Marie Pussort, famille champenoise de marchands versés dans la finance. Ses origines bourgeoises ne permettent pas d’en savoir plus sur sa jeunesse si ce n’est qu’il semble avoir été formé au commerce par la pratique en travaillant en 1634 chez Mascranny, financier lyonnais, puis chez Chapelain, notaire parisien.

Le 13 décembre 1648, il épouse Marie Charron, fille d’un conseiller du roi. Elle lui donne neufs enfants dont deux de ses fils Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay (1651-1690) et Jules Armand Colbert, marquis de Blainville (1663-1704), le seconderont avant de lui succéder dans certaines de ses charges. 
                     
L’ascension

Jean-Baptiste Colbert occupe tout d’abord un poste de commis au service de son cousin Jean-Baptiste Colbert de Saint-Pouange (1602-1663), premier commis du département de la guerre sous Louis XIII, puis son père lui acquiert en 1640 la charge de commissaire ordinaire des guerres, commis du Secrétaire d'État à la guerre, François Sublet de Noyers. Il commence à se faire remarquer lors de ses visites aux armées.

Son cousin le fait passer en 1645 comme secrétaire privé au service de son propre beau-frère Michel Le Tellier, secrétaire d'État à la Guerre. Lors de son mariage, il obtient grâce à ses appuis une place de conseiller d’Etat. Le Tellier le fait à son tour nommer au service du principal ministre, le cardinal Mazarin en 1651, qui le charge de gérer son immense fortune.

A l’ombre du puissant ministre, il s’enrichit rapidement et en 1657, il peut acheter la baronnie de Seignelay (Yonne). Ses grandes qualités de travail et le dévouement qu’il témoigne à son maître Mazarin lui permettent d’être recommandé par celui-ci à Louis XIV à la veille de sa prise du pouvoir. Dès 1659, il écrit plusieurs rapports sur l’état des finances publiques en dénonçant le surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, qu’il accuse de malversations. Le 8 mars 1661, à la veille de la mort de Mazarin, il obtient une grande charge et devient intendant des finances.

Le pouvoir

En 1661, au lendemain de la mort de Mazarin, Louis XIV décide d’assumer seul le pouvoir. Indisposé par Fouquet, qu’il fait arrêté le 5 septembre 1661, la surintendance des Finances est supprimé par Louis XIV qui souhaitant tout contrôlé, garde pour lui l’ordonnancement des dépenses. Principal artisan de la chute de Fouquet, Colbert accède au pouvoir au service du roi. S’il n’est qu’intendant des finances depuis 1661, il est cependant nommé membre du Conseil royal des finances et exerce les fonctions jadis dévolues au surintendant.

Le poste de principal ministre n’existe plus mais Colbert en rassemble peu à peu le pouvoir en concentrant le maximum de charges. En 1664, il est nommé surintendant des bâtiments, en 1665, surintendant général du commerce, directeur de la Compagnie des Indes orientales, grand trésorier des ordres du roi et enfin, contrôleur général des finances poste dont il fait le cœur de son pouvoir. En 1669, il accroît encore ses compétences en devenant secrétaire d'État chargé de la maison du roi, de Paris, du clergé et de la marine, poste qu’il vient de faire créer pour développer la flotte française. En 1670, il devient grand maître et surintendant général des mines et carrières de France. Enfin, en 1678, il est nommé ministre d'État.

Outre son action financière, il est resté célèbre pour ses encouragements étatique à l’industrie (le « colbertisme ») et à la marine. Il triple la flotte de guerre française. Il est aussi très célèbre pour son œuvre législative. Il a ainsi fait rédiger les grandes ordonnances de Louis XIV : civile (1667), criminelle (1670), des eaux et forêts (1669), du commerce (1673) et de la marine (1681). En 1807, les rédacteurs du code de commerce sont incapables d’innover et reprennent pour l’essentiel l’ordonnance de 1673.

Ses activités touchent également le monde culturel. En 1663, ilfonde l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en 1666 l'Académie des sciences et l'Académie de France à Rome et en 1667 l'Observatoire de Paris. La même année, il est élu à l'Académie française.

Comme la plupart des hommes d’Etat de l’époque, Colbert s’entoure de ses proches. Ainsi, son fils aîné, dit Seignelay, après avoir travaillé à ses côtés, lui succède à sa mort comme secrétaire d'État à la marine. Le deuxième, Jacques Nicolas Colbert (1655-1705), est nommé archevêque de Rouen et élu membre de l'Académie française. Son quatrième fils, Jules Armand Colbert, marquis de Blainville, lui succède à la surintendance des bâtiments, dont il se démet en 1683 au profit de Louvois. Son frère Charles Colbert de Croissy (1625-1696) est conseiller d'État, intendant d’Alsace en 1656, président du Conseil supérieur d'Ensisheim en 1657, président à mortier au parlement de Metz en 1662. Diplomate, il est notamment ambassadeur à Londres (1670-74), puis accède au secrétariat d’Etat aux affaires étrangères en 1679. À sa mort également son fils, Jean-Baptiste Colbert de Torcy (1665-1746), lui succède. L’autre neveu de Colbert, Charles-Joachim Colbert de Croissy (1667-1738) reçoit l’évêché de Montpellier. Son cousin Jean-Baptiste Colbert de Saint-Pouange, grâce auquel il avait débuté est nommé en 1661 intendant en Picardie puis, en 1675, intendant en Lorraine. Il faut aussi citer son neveu Nicolas Desmarets (1648-1721) qui deviendra par la suite contrôleur général des finances à la fin du règne de Louis XIV.

Après avoir débuté dans son sillage, Colbert est devenu rival du clan Tellier, et notamment de François-Michel marquis de Louvois, secrétaire d'État à la guerre. Replié sur les affaires financières et commerciales, pour lesquelles la paix est préférable, il reproche à Louvois le coût de ses projets militaires et cherche à le déstabiliser à partir de 1681 auprès du roi. En retour, Louvois le critique de plus en plus auprès de Louis XIV. Il semblerait que Colbert décède le 6 septembre 1683 à la veille d’être disgracié. Il a alors à peine 64 ans. Âge vénérable pour l’époque mais son propre père était mort à 71 ans passés et Louis XIV atteindra les 75 ans. Colbert sera glorifié d’être mort à la tâche, épuisé dit-on par le service de l’Etat.

 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Colbert fut avant tout un praticien des finances. Comme Sully, il jouit de la renommée de ministre compétent et très travailleur. Son austérité a longtemps été mise en valeur par l’école républicaine, plus critique à l’égard de Louis XIV. Daniel Dessert, auteur d’une biographique très favorable de Fouquet, a écrit un essai très critique à l’égard de Colbert dont il met en évidence les manœuvres, le népotisme et la considérable fortune amassée au cours de sa carrière. Il serait en effet très excessif d’ignorer la façon dont Colbert a excellé dans les manœuvres politiques d’alors, ce qui lui a permis de demeurer si longtemps en poste (22 ans). Selon Dessert, Colbert est en fait « le fossoyeur de la monarchie absolue » (p. 95) car « son système vit des dépouilles de l’État et, poussé à l’extrême, loin de le fortifier, le consume » (p. 92). Sa « légende » aurait été transmise par le monde des Arts et de l’industrie qu’il a constamment protégé. Dessert dénonce dans le Mémoire sur les affaires de finance de France pour servir à l'histoire la mise en avant par Colbert de principes complètement contraires à sa propre pratique personnelle.

Cependant, si l’œuvre de Colbert est en réalité en demi-teinte – notamment parce qu’il a échoué à rationaliser le budget et à rééquilibrer les Finances publiques, mais la conjoncture économique et les relations internationales ne l’y ont pas aidéla charge de Dessert ne lui rend pas grâce de plusieurs aspects importants. Dans leur indispensable Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles (CHEFF, 2000), F. Bayard, J. Félix et P. Hamon retracent l’essentiel de l’œuvre financière de Colbert (1) . Nous en suivons les grandes lignes et les intitulés en remarquant le caractère très « clivé » de cette analyse, inspirée des écrits de Colbert :1°) critique de l’ancien système, 2°) promotion de sa solution.

C’est un discours éminemment politique. Ainsi, « sa philosophie en ce domaine est très simple. Depuis 1659, il vilipende l'organisation traditionnelle des finances génératrice de désordre, d'accaparement du pouvoir par le surintendant et d'enrichissement par les financiers. Il convient donc d'en finir avec ce système et d'en mettre un nouveau en place dans lequel seront appliquées les maximes d'ordre, de régularité et de simplicité. Son discours financier s'inscrit, cependant, dans sa vision mercantiliste de l'économie ».

La fin de l'ancien régime financier

La Chambre de justice

Réunie entre 1661 et 1665, elle a pour objectif de solder la gestion Fouquet. Elle procède à l’examen des comptes de tous les financiers qui ont manié les deniers du roi depuis 1635. Les peines sont sévères : 164 condamnations à des peines corporelles (dont 12 peines capitales, 3 peines de galères, 5 bannissements perpétuels du royaume). Les amendes sont énormes et ruinent toute la clientèle de Fouquet, à l’exception de ceux qui étaient liés à Colbert.

Réduction des charges

Grand classique (cf. Sully), cette réduction des charges permet de réduire de concert la dette de l'État en annulant et convertissant des rentes, des intérêts et des prêts et rachetant des offices et des droits domaniaux.

Le nouveau système

Il revêt cinq caractéristiques. 

Unité de décision

La surintendance est remplacée par un Conseil royal des finances qui permet à Louis XIV de reprendre le pouvoir financier. Il doit en effet signer toutes les ordonnances concernant les dépenses comptables et les comptants. Il est secondé par l’intendant des finances (Colbert) qui détient les fonds et établit la comptabilité. « Il doit faire rendre tous les comptes des fermes, recettes générales, bois, domaines, affaires extraordinaires et autres recettes pour en faire le rapport au Conseil et être arrêtés par le roi et le Conseil. »

Prévision annuelle des recettes et des dépenses

Colbert est particulièrement intéressant par sa volonté, toute commerçante, d’avoir voulu imposer la rigueur d’une gestion « pré-budgétaire » aux finances royales. Il n’est certes pas le seul mais fait partie de ces différents financiers qui s’y sont employés. Ainsi,  le projet des dépenses et des recettes de l'année suivante est systématiquement fixé en octobre. L’évaluation des recettes du grand impôt direct qu’est la taille, procède d’une concertation entre le gouvernement, les généralités et les intendants en province. Le compte de l'année précédente est arrêté en janvier ou février.

Régularité de la tenue des comptes

« Pour avoir des comptes clairs, nets, complets, à jour, contrôlés, réglés et clos périodiquement et de manière rapprochée, Colbert crée trois registres. Le registre journal mentionne les dépenses et les recettes au fur et à mesure qu'elles s'effectuent. Le registre des dépenses inscrit, jusqu'en 1667 (date où il est supprimé), les dépenses par ordre de matières avec indication des fonds sur lesquels elles sont assignées. Le registre des fonds porte les recettes par ordre de matières, avec indication des dépenses assignées sur chaque article. » L’ensemble fait l’objet de vérifications régulières tout au long de l’année, notamment en ce qui concerne le prélèvement des impôts.

Le choix de l'impôt indirect

Souhaitant décharger les contribuables des pays d’élections, il cherche à réduire leur taille mais celle-ci augmente en temps de guerre, c’est-à-dire souvent. Les pays d’Etats sont mis à contribution de façon accentuée. Pour trouver d’autres recettes fiscales, Colbert augmente les droits indirects, notamment celui de la gabelle.

La réduction du déficit

Colbert peut difficilement réduire les dépenses, en particulier les militaires en temps de guerre. La pression fiscale provoque des émeutes et « Colbert doit donc se tourner vers les affaires extraordinaires et les financiers qu'il a tant décriés ». Il vend des domaines et des offices. A partir de 1672, il crée des rentes et le 11 octobre 1674 a recours à l'emprunt à court terme qu'il organise dans la Caisse des emprunts, dont le succès croissant n’est que le signe de l’emballement du déficit.

           
Malgré ces tentatives, le budget n'a été équilibré que dans les huit premières années de son ministère. A partir de 1672, le déficit est constant. Il atteint le maximum de 24 millions livres en 1676 pour se réduire à 400 000 livres en 1681, la paix revenue.
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


Ouvrages :

Bottin (M.), Histoire des Finances publiques, Paris, Economica, Poche, Finances publiques, n°3, 1997, pp.24-25 et 32-33.
Bourgeon (J. L.), Les Colbert avant Colbert, destin d’une famille marchande, Paris, Puf., 1973, 270 p.
Dessert (D.),  Colbert ou le serpent venimeux suivi de Colbert (J.-B.), Mémoire sur les affaires de finance de France pour servir à l'histoire, Bruxelles, Complexe, coll. Questions à l'histoire, 2000, 168 p
Meyer (J.), Colbert, Paris, Hachette, 1981, 369 p.
Mousnier (R.) (dir.), Un nouveau Colbert (1619-1683), Paris, SEDES, 1985, 338 p.
Murat (I.), Colbert, Paris, Fayard, 1980, 475 p.
Villain (J.), La fortune de Colbert, Préface de P. Chaunu, Avant-propos de F. Bayard, Paris, CHEFF, 1994, 404 p.

Articles :

Antonetti (G.) Colbert et le crédit public, in Mousnier (R.) (dir.), Un nouveau Colbert (1619-1683), Paris, SEDES, 1985, pp. 189-210.
Bayard (F.), Félix (J.) et Hamon (P.), Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, CHEFF, 2000, 216 p. (notice pp. 89-95).
Villers (R.), Colbert et les finances publiques, in Mousnier (R.) (dir.), Un nouveau Colbert (1619-1683), Paris, SEDES, 1985, pp. 177-187.