DUBERGÉ Jean
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 16/07/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Toulon (Var) en 1910, mort à Toulon en janvier 2005.
Magistrat financier puis universitaire (sociologue) français.

Au cours de ses études de droit, d’économie et de philosophie à Paris (diplômé en 1934), il entre au secrétariat d’Etat aux affaires économiques. Il soutient à Aix-Marseille en 1938 sa thèse en économie politique sur la politique fiscale de l’Italie fasciste, « qui lui vaut la sympathie du grand économiste et futur président de la République italienne Luigi Einaudi » (Beltrame (P.), Bouvier (M.) et Esclassan (M.-Ch.), cf. infra Biblio) mais pas celle de l’Italie fasciste qui l’accueille pour un séjour en prison et lui permet de figurer sur les listes d’ouvrages à détruire sous l’occupation.
           
Après la guerre, il est conseiller financier du secrétaire d’Etat à la présidence du conseil, chargé de conférences à la Faculté de Droit de Paris, maître de conférences à l’IEP et chargé d’enseignement à l’Institut d’études économiques. Fonctionnaire au Ministère des Finances, il devient Conseiller référendaire à la Cour des comptes (1952) et prend la direction d’un institut de droit à Toulon (1953). Ainsi à l’écart des responsabilités dans la gestion des finances publiques, il soutient le 6 juin 1959 en Sorbonne une nouvelle thèse de sociologie, sous la direction de Jean Stoetzel : Psychologie fiscale dans la France.

           
Successivement chef de travaux, maître de conférences en sociologie économique puis professeur à la Faculté des lettres et sciences humaines de Montpellier (1958-1968), il est sollicité pour fonder l’IUT de Toulon, préfiguration de la future Université. Sa mission terminée en 1971, il voit ses collègues montpelliérains d’économie, de psychologie et de sociologie s’opposer à son retour, malgré le soutien de l’ancien doyen Jourda. Son originalité n’a pas été acceptée (J.-P. Laurens). Revenu à Toulon, il termine sa carrière comme professeur honoraire de psychosociologie financière de l’Université Paris VIII et comme chargé d’enseignement à Aix-Marseille III où l’accueillent les professeurs Beltrame et Philip. Ses études connaissent alors un renouveau (nombreux articles à la RFFP et publication de deux ouvrages en 1990 et 1994). La fatigue le conduisant à renoncer à ses enseignements au milieu des années 1990, il décède au début de l’année 2005.
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Jean Dubergé a développé en France, de façon assez isolée, les études de Psychologie financière et plus particulièrement fiscale. Cette partie de la sociologie de l’impôt s’intéresse aux aspects psychologiques des rapports du fisc avec les contribuables. A l’étranger, la sociologie de l’impôt est beaucoup plus développée qu’en France (cf. pour une introduction aux travaux anglo-saxons notamment les ouvrages du professeur Leroy cités infra). On peut citer l’allemand Schmölders (Psychologie des finances et de l’impôt, 1970) par exemple. En France Gabriel Ardant a publié en 1965 une monumentale Théorie sociologique de l’impôt, thèse reprise dans son Histoire de l’impôt.

La difficulté résidait et réside toujours dans les risques de généralisation et de lieux-communs non scientifiques provoqués par le caractère passionnel du sujet. Toute la démarche de Jean Dubergé a consisté à transposer à la fiscalité les méthodes scientifiques d’études psychologiques en encadrant de la façon la plus stricte possibles les enquêtes d’opinion qu’il a organisées : choix des questions de manières à éviter les différents biais possibles, formation des enquêteurs, etc. Comme il le souligne « il est indispensable que le psychosociologue ait une connaissance suffisamment sérieuse des problèmes fiscaux pour ne pas rebuter un fiscaliste et que ce dernier ait une formation de psychologie suffisante pour ne pas choquer un technicien de la psychologie sociale ». C’est sans doute cette exigence incontestable qui explique la faiblesse de la psychologie de l’impôt en France. Ces deux formations sont assez rarement croisées…

Comme sa thèse, les deux ouvrages les plus récents de Jean Dubergé (Les Français face à l’impôt, essai de psychologie fiscale, 1990 et Dédramatiser l’impôt, 1994) font état des résultats de ses dernières enquêtes. Une des leçons qui peut en être tirée (parmi beaucoup d’autres) tient à la distinction entre le principe de l’impôt et les modalités de son paiement dans les positions (et les oppositions) des contribuables. Jean Dubergé a en effet mis en relief par ses enquêtes que les oppositions à l’impôt chez les personnes interrogées sont en réalité le plus souvent motivées par les exaspérations diverses liées aux modalités de versement de l’impôt. L’opposition au principe même de l’impôt, que l’on peut retrouver chez les auteurs néo-libéraux opposés à l’Institution étatique ou chez d’autres courants de pensée, est en fait assez peu présente. Ce type de constat peut amener à suggérer des méthodes de prélèvement plus indolores (comme le prélèvement à la source pour l’impôt sur le revenu) pour atténuer les tensions relationnelles entre les administrés et le fisc. Il a aussi tiré de ses travaux (notamment de sa thèse) la nécessité pour l’administration d’améliorer son comportement à l’égard des administrés afin de faciliter ses relations et l’acceptation des prélèvements fiscaux.
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de Jean Dubergé

Ouvrages :

  • La politique fiscale de l’Italie fasciste, Alcan, 1938, 176 p.
  • Contrôle des prix en France au regard de la théorie économique, LGDJ, 1947, 203 p.
  • Dédramatiser l’impôt, Avant-propos de Beltrame (P.), Aix, PUAM, 1994, 142 p.
  • Les Français face à l’impôt. Essai de psychologie fiscale, LGDJ, 1990, 320 p.
  • Psychologie fiscale dans la France d’aujourd’hui, Préface Stoetzel (J.), PUF, 1961, VII-230 p. (Publication de sa thèse de sociologie).

Articles :

Dubergé (J.), Impôt (Sociologie de l’), in Encyclopédie Universalis, 14e publication, Paris, Fév. 1979, Vol.8, pp. 757-759.

  • Plaidoyer pour une psychologie sociale de l’impôt, RFFP 1983, n° 1, pp. 116-135.
  • Résistance comparée à l’impôt et aux cotisations de couverture sociale, RFFP, 1984, n° 5, pp. 35-67.
  • Les aspects psychosociologiques de la fiscalité locale, RFFP 1986, n° 13, pp. 123 s.
  • Psychologie sociale de l’impôt et relations publiques en matière fiscale, RFFP 1986, n° 15, pp. 85 s.
  • La commission des infractions fiscales, RFFP 1987, n° 17, p. 151.
  • L’évolution des comportements des contribuables face à la déclaration des revenus : analyse psychosociologique, RFFP 1987, n° 18, pp. 29- .
  • Les diverses manières de déclarer ses revenus, RFFP 1987, n° 20, pp. 181- 194.
  • De l’impôt sur les grandes fortunes à l’impôt de solidarité sur la fortune, RFFP 1988, n° 23, pp.139- .
  • Réalité et imaginaire de l’impôt, RFFP, 1990, n° 29, pp.157-162.
  • Les relations interpersonnelles créées par l’impôt, RFFP 1990, n° 30, pp. 179 s.
  • Anesthésie fiscale, Psychologie et sociologie de l’impôt, Dictionnaire encyclopédique de finances publiques, Economica, 1991, pp. 68 et 1251.
  • Le processus de dédramatisation des impôts, RFFP, 1993, n° 41, pp. 85 s.

Besse-Joubert (M.) et Dubergé (J.),  Cinéma et radiotélévision. Information ou désinformation fiscale, RFFP 1997, n° 57, pp. 127-131.

B- Ecrits relatifs à Jean Dubergé

Beltrame (P.), L’impôt, Paris, MA éditions, 1987, coll. « Le monde de… » L’encyclopédie de poche, pp. 161-162 (article consacré à la sociologie fiscale).
Beltrame (P.), Bouvier (M.) et Esclassan (M.-Ch.), Hommage à Jean Dubergé, RFFP, n° 90, 2005, pp.6-7.
Laurens (J.-P.), Jean Dubergé (1910-2005). Psychosociologue de l’impôt, Le DIT de l’UPV, n° 92, fév. 2006, pp. 3-4. téléchargeable sur le site de l’Université de Montpellier III – Paul Valéry : http://www.univ-montp3.fr/filemanager/le_dit/dit92.pdf

C- Ecrits relatifs à la sociologie de l’impôt

Ce sujet d’étude est actuellement représenté en France par les très intéressants travaux de M. Marc Leroy professeur de sciences politiques à l’Université de Reims, parmi lesquels on peut citer :

  • Leroy (M.), Le contrôle fiscal. Une approche cognitive de la décision administrative, Paris, L’Harmattan , coll. Logiques sociales, 1993, 288 p (il s’agit de l’édition de sa thèse de sociologie sous la direction du professeur Boudon).
  • Leroy (M.), La sociologie de l’impôt, Paris, Puf, coll. Que sais-je ? 2002, 128 p.
  • Leroy (M.), Sociologie des finances publiques, Paris, La découverte, coll. Repères, 2007, 119 p.
LEROY (M), L’impôt, l’État et la société, Economica, 2009.