FOULD Achille
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 23/07/2006


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Paris le 17 novembre 1800 - Mort à Laloubère (banlieue de Tarbes, Hautes-Pyrénées) le 5 octobre 1867 .

Homme politique et banquier français

Achille Fould est le cadet d'une famille d'un banquier de religion juive. Il s'en distingue sur deux points  : alors que Benoît, son frère aîné, poursuit l'activité paternelle, lui se lance dans la politique (après une expérience bancaire de plusieurs années aux côtés de son frère), et il se convertit au protestantisme (sur cette famille, et surtout son membre le plus célèbre, Achille, cf. l'ouvrage de F. Barbier mentionné en bibliographie).

Sa carrière politique commence avec son élection comme conseiller général dans des Hautes-Pyrénées puis en 1842 avec son élection dans le même département, comme député de la majorité soutenant Guizot. Il est réélu en 1846. Ses compétences acquises dans le giron familial lui permettent de se signaler sur les matières financières. Ce ne sont néanmoins que des années d'apprentissage et lorsque survient la Révolution de février 1848, il ne prend prudemment aucune part aux événements. Il se présente néanmoins à une élection partielle à la constituante et est élu dans le département de la Seine en septembre 1848. Il siège avec le « parti de l'ordre ». En 1849, il est réélu.

Entré en relation avec Louis-Napoléon Bonaparte à qui il prête des fonds avant et après son élection à la présidence de la République, il va devenir un de ses piliers ministériels (pendant la II e République puis pendant l'Empire), alternant au ministère des Finances avec Pierre Magne (n é le 3 décembre 1806 à Périgueux, et mort le 17 février 1879 au château de Montaigne, en Dordogne ), issu comme lui de la mouvance orléaniste de la Monarchie de juillet.

Le 31 octobre 1849, il se voit confier le portefeuille des finances et le 10 novembre, P ierre Magnan, député de Dordogne, lui est adjoint comme sous-secrétaire d'Etat aux Finances. Il va occuper ce ministère pendant presque toute la II e République malgré un intermède de deux mois début 1851 (du 31 octobre 1849 au 24 janvier 1851, du 10 avril au 22 novembre 1851).

Lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, Fould comme Magne, restent à l'écart. Ils se voient à nouveau confier les ministères dont ils avaient été récemment écartés (Magne était devenu ministre des Travaux publics du 9 janvier jusqu'au 10 octobre 1851). Tous deux démissionnent le 22 janvier 1852 pour protester contre la loi interdisant à la famille d'Orléans, dont ils furent les soutiens, de posséder des biens en France (une sorte de nationalisation en somme).

Ils reviennent tous deux au gouvernement dès juillet 1852, Magne aux Travaux publics, puis aux Finances (3 février 1855 - 26 novembre 1860) et Fould comme Ministre d'Etat du 28 juillet 1852 au 23 novembre 1860 (avec la Maison de l'Empereur à partir du 14 décembre 1852, l'Empire étant proclamé). La même année, ils sont faits sénateurs. Pendant ces huit années à ce poste stratégique (intermédiaire entre Napoléon III, les autres ministres et le Conseil d'Etat, il est le porte-parole de l'ensemble du gouvernement devant le Parlement, dirige le secrétariat de l'empereur et le journal Le Moniteur , en somme un conseiller très proche du souverain, d'autant plus qu'il réside auprès de lui aux Tuileries), il se montre un administrateur économe et donc pas toujours apprécié. Il dirige notamment les travaux de l'Exposition universelle de 1855 ainsi que l'achèvement du Louvre (il est aussi chargé des Beaux-arts).

Libéral sur le plan économique, Achille Fould ne l'est mais pas du tout en matière politique (il envisage en 1857 de faire supprimer le suffrage universel). Il s'oppose au tournant libéral de l'Empire, démissionne suite aux décrets réformateurs du 24 novembre 1860 et refuse d'être fait duc.

Membre du conseil privé depuis sa création en 1858, il organise une campagne d'opinion pour critiquer la politique du ministre des Finances (Adolphe Forcade La Roquette, qui a succédé le 26 novembre 1860 à Pierre Magne nommé ministre sans portefeuille, c'est à dire chargé de défendre la politique économique et financière du gouvernement devant les chambres – tout le monde s'accordant sur ses talents de persuasion à la tribune) qu'il estime trop laxiste. La campagne de presse qu'il initie vaut aux journalistes qui y participent d'être sanctionnés. Le 29 septembre 1861, il adresse à Napoléon III un mémoire pour dénoncer notamment l'accumulation d'une dette flottante d'un milliard de francs à court terme, réclamer des impôts nouveaux pour équilibrer le budget, et recommander la suppression de la possibilité donnée aux ministres d'inscrire sans vote des crédits supplémentaires. «  Convaincu, Napoléon III fit publier ce mémoire au Moniteur et rappela Fould au ministère des Finances. Ce retour eut un effet foudroyant dans les milieux économiques ; c'était le succès du groupe des "budgétaires"  » (F. Choisel).

Il redevient donc ministre des Finances du 14 novembre 1861 au 20 janvier 1867. Justifiant son opposition à toutes dépenses nouvelles ou exceptionnelles en se présentant comme le redresseur des Finances publiques mises à mal par ses prédécesseurs, il indispose Pierre Magne. Ce dernier se sent à juste titre visé et supporte de moins en moins de plaider la politique de Fould devant les assemblées. Il démissionne donc le 30 mars 1863 et est nommé au Conseil privé. Les critiques de Fould sont d'autant moins fondées que Magne aux Finances équilibra tous ses budgets, et dégageât même des excédents permettant de rembourser une partie de la dette flottante ( F. Choisel).

Les ministres s'opposent aux réformes sociales du 19 janvier 1867. Napoléon III demande alors leur démission. Fould, réactionnaire de plus en plus isolé et très malade, est é carté lors du remaniement ministériel. Il doit abandonner le ministère, et meurt quelques mois plus tard .

Après un intermè de Rouher, Son collègue Magne lui succède quasiment jusqu'à la fin de l'empire puis du 13 novembre 1867 au 2 janvier 1870 avant d'occuper une dernière fois le ministère des Finances dans le gouvernement d'ordre moral de Mac Mahon (5 mai 1873 - 20 juillet 1874). Elu sénateur de Dordogne en 1876, Magne décède en 1879 (trois ans plus tard).
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Bien qu'ayant été en conflit, Fould et Magne ont mené une politique financière assez semblable qui en fait les modèles de l'épanouissement de Finances publiques classiques sous le Second Empire. Si Magne contribue au développement de l'équipement ferroviaire français, Fould se distingue néanmoins par ses encouragements aux innovations bancaires des frères Pereire, saint-simoniens dont il est loin de partager toutes les opinions.

Un économiste classique, adepte très réservé du saint-simonisme

Si Achille Fould s'oppose sur plusieurs points aux saint-simoniens, il est quand même le fondateur, avec les frères Pereire du Crédit mobilier en 1852 qui marque l'essor des innovations financières amenée par les grandes banques d'affaires de la seconde révolution industrielle en France (notamment avec l'accroissement considérable et pas toujours prudent des prêts, hypothécaires en matière agricole et liés à des émissions obligataires dans le milieu industriel). Très libéral avec le monde bancaire dès son ministère sous la I I e République , il favorise le développement de ces échanges financiers et donc la spéculation qui s'épanoui t sous le second Empire (ce que dénonce Emile Zola dans «  La curée  »). Il s'opposera par la suite de façon véhémente aux frères Pereire.

Economiste libéral classique du XIX e siècle, il est partisan du libre-échange mais s'oppose complètement aux saint-simoniens quant à leur conception des dépenses publiques que lui refuse de considérer comme « productives ». Il est ainsi l'artisan d'une politique budgétaire qui se veut, au moins dans ses objectifs, extrêmement économe.

Un ministre symbole des Finances publiques classiques

Ministre des Finances pendant plus de huit ans entre 1849 et 1867, Achille Fould a mené sur une ampleur nationale la politique économe qu'il a eu pendant ses huit années de ministériat d'Etat chargé de la maison de l'empereur.

«  Financier traditionnel opposé à la théorie des "dépenses productives" des économistes et des hommes d'affaire saint-simoniens qui avaient fait la prospérité des premières années de l'Empire, il pensait que les richesses financières de la France n'étaient pas inépuisables  » ( F. Choisel).

Economiste libéral, farouche opposant des doctrines socialist es (sous la II e République il avait critiqué ses subordonnés des Finances qui «  poussant l'oubli de leur devoir jusqu'à commettre une trahison véritable, se seraient laissé infecter par les doctrines subversives du socialisme  »), il s'o ppose, en bon disciple de M. Thiers, aux projets d'impôt sur le revenu qui commencent à fleurir. Il demande cependant l'accroissement de la pression fiscale pour venir à bout de la dette flottante qui est pour lui insupportable (cf. son mémoire de 1861).

Sur le plan du droit budgétaire, il contribue à accroître le contrôle parlementaire sur les ministres dépensiers. Il demande ainsi dans son mémoire précité de 1861 la suppression de la possibilité donnée aux ministres d'inscrire sans vote des crédits supplémentaires. Opposé aux crédits exceptionnels, il obtient, par sénatus-consulte du 31 décembre 1861, la nécessité d'un vote du Corps législatif pour l'inscription de crédits supplémentaires ou extraordinaires. Cette opposition viscérale aux finances extraordinaires l'amène à rechercher la réduction des dépenses militaires. Il n'est ainsi pas favorable à l'expédition mexicaine ni au réarmement face à la Prusse.

Son objectif reste néanmoins de limiter les dépenses, ce pour quoi, à rebours du développement du principe de spécialité, il obtient, par le même sénatus-consulte du 31 décembre 1861, le rétablissement du vote du budget par section (et non plus par ministère). Cela s'explique aisément par le fait que le vote par section annihile la volonté dépensière qui se manifeste beaucoup plus aisément en cas de vote par ministère. En effet, lors d'un vote par ministères , ministres et parlementaires sont plus facilement amenés à voir l'insuffisance des dotations accordées à telle ou telle action gouvernementale. En cas de vote par section, le ministre des Finances peut plus facilement effrayer les représentants des contribuables avec les montants globaux et plus désincarnés des crédits publics.

Malgré les critiques dont il abreuva ses prédécesseurs, sa politique budgétaire ne fut pas plus rigoureuse que la leur. Magne aussi avait fait adopté des budgets en équilibre (sur le « mythe » de l'équilibre budgétaire pendant cette période cf. G. Orsoni, Réflexions sur la politique d’équilibre budgétaire. Bilan et perspectives, Revue de droit prospectif , n°6, 1978, pp. 65-81 ainsi que les contributions au colloque dirigé par L. Tallineau et publié chez Economica). Si Magne est loué par l'impératrice Eugénie (elle le trouvait «  admirable de lucidité et de simplicité. Monsieur Magne a le talent de faire croire aux ignorants qu'ils sont des financiers » ) aussi bien que par Persigny, son collègue ministre de l'Intérieur, pour lequel, " Il est impossible d'être plus clair , plus précis, plus noble de modération et de politesse  », Fould n'attire pas pour autant d'approbation. Le même Persig ny dénonce dans ses Mémoires " le beau système de monsieur Fould de traiter une grande nation comme un propriétaire obéré, de confondre les dépenses productives et les dépenses nécessaires ; de réduire les unes comme les autres, et de ne permettre d'achever l'outillage du pays qu'à l'aide des ressources ordinaires du budget ", ainsi que "l 'aberration de cet étrange ministre des Finances qui jette l'alarme pour relever le crédit, qui crie misère au milieu d'immenses richesses, qui repousse du pied les milliards que l'épargne lui offre pour terminer nos travaux indispensables, mais leur ouvre la porte de l'étranger pour aller s'y perdre, au grand préjudice du pays ".

Comme le soulig ne F. Choisel, «  Fould ne réussit pourtant pas mieux - ni plus mal - que ses prédécesseurs, et dut user d'expédients pour équilibrer ses budgets : conversion de rente, emprunts, ventes de forêts du domaine de la Couronne, etc. Magne, son rival, ne manquait pas de le souligner. Celui-ci, en effet, tout en partageant l'attachement de Fould à des finances ordonnées, acceptait mal les critiques que ce dernier faisait indirectement à sa gestion passée en se donnant l'allure de redresser une situation financière compromise par ses prédécesseurs  ».

En somme il reste très représentatif des Finances publiques dites « classiques », autant par sa défense obstinée d'un ordre suranné les assimilant à des finances privées, que par son incapacité à les adapter à réalité de dépenses publiques sans cesse croissante avec le développement de l'interventionnisme de l'Etat (notamment en matière d'équipements publics). L'oeuvre des fondateurs des Finances publiques de la restauration est ainsi parachevé ( cf. l'adoption du décret du 31 mai 1862 portant règlement général sur la comptabilité publique, rédigé par le marquis d'Audiffret) mais déjà leur future crise s'annonce.

 
 
III - Bibliographie sélective  
 


Ouvrages :

Barbier ( F.), Finance et politique, la dynastie des Fould, XVIIIe-XXe siècles , Paris,Armand Colin, 1991. ( Cf. la note bibliographique de Ch. Charle, Annales. Histoire, Sciences Sociales , Année 1992, Volume 47, Numéro 6, p. 1202 – 1204).

Bottin ( M.), Histoire des Finances publiques , Paris, Economica, Poche, Finances publiques, n°3, 1997, p.68.

Brabant ( J. de), AchilleFould et son temps (1800-1867). L'homme clef du Second Empire , Cairn, 2001, 347 p.

Marion ( M.) , Histoire financière de la France depuis 1715 . Tome V – 1819-1875, Les gouvernements de Suffrage restreint et les gouvernements de suffrage universel à tendance conservatrices , Paris, Rousseau, 1928, 691 p.

Articles :

Choisel ( F.) Achille Fould, in Yvert (B.) (dir.) Le dictionnaire des ministres de 1789 à 1989, Paris Perrin, 1990, 1028 p. Il s'agit de notre principale source d'information (avec la notice biographique consacrée à Pierre Magnan par le même Choisel dans le Dictionnaire du second Empire dirigé par Jean Tulard, Paris, Fayard).