LAW John
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 07/09/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Édimbourg le 21 avril 1671 - Mort à Venise le 21 mars 1729
Financier et ministre français d’origine écossaise

John Law (prononcé « Lass » en France) naît en Ecosse. Il est le fils d’un orfèvre (profession transformée en celle de banquier). Après des études où, semble-t-il, il se distingue en mathématiques (mais on sait peu de choses à ce sujet), John mène une jeunesse dispendieuse à Londres, s’endette et tue en duel son adversaire. Condamné à mort, il s’échappe de prison et mène une vie d’aventurier en Europe. Il réfléchit aux problèmes monétaires, écrit à ce sujet et propose son projet de remplacement des monnaies métalliques par une monnaie plus stable gagée sur la terre un peu partout.

Rejeté par Louis XIV, les projets qu’il avait exposés à Desmarets sont retenus par le Régent qui l’appuie et lui permet de créer en 1716 une Banque générale, Banque de dépôt et d’escompte, devenue banque d’émission. Cette Banque diffuse des billets papiers.

L’idée de Law est d’adosser cette banque sur une Compagnie commerciale dont les recettes permettront de renforcer son crédit. Sur la suggestion du duc de Noailles, président du Conseil de finances, qui cherche à rentabiliser ses placements, Law s’intéresse à l’exploitation de la Louisiane. Bientôt, c’est l’ensemble des colonies françaises qui sont confiée à cette nouvelle Compagnie des Indes. Chacune des créations (Banque, puis Compagnie des Indes, pour finir par la fusion des deux) aboutit à la création de nouvelles actions qui gonflent l’ensemble.

Les résultats tardant à se faire sentir, les premiers signes de faiblesse apparaissent vite. Le Régent appuie Law dans une course en avant pour éviter la chute. Ce dernier est nationalisé français le 26 mai 1716 (ce qui était indispensable pour prendre la tête de la banque), il se converti au catholicisme le 17 septembre 1719 et devient contrôleur des finances le 4 janvier 1720. L’ajout de nouvelles compétences à la Compagnie (reprise de régies financières) ne suffit pas et c’est la banqueroute. Le 21 mai 1720, Law fait réduire la valeur des actions qui n’avait cessé d’augmenter jusqu’alors. Les membres des conseils de régence et la Parlement pousse le Régent à renvoyer Law le 27 mai 1720 et à l’emprisonner. Le Régent le rappelle dès le 2 juin comme surintendant du commerce et directeur général de la Banque royale pour qu’il résorbe le système. Law finit par liquider les billets en circulation. Le Trésor étant privé de recettes et de crédit (la Banque avait pris à sa charge l’ensemble des dettes de l’Etat…), Law démissionne le 9 décembre 1720, fin d’un passage bref mais intense à la tête des finances de l’Etat.

           
Revenu en Angleterre en 1722 où il a été amnistié, Law finit par être recruté comme diplomate. Il part en Bavière en 1725 et décède quelques années plus tard lors d’un voyage à Venise.
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Dans leur Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles (CHEFF, 2000), F. Bayard, J. Félix et P. Hamon retracent l’essentiel de l’œuvre financière et ministérielle de John Law (1) .

L’échec du système financier

Notre propos n’étant pas d’en exposé le détail, nous nous contenterons de souligner que l’essentiel du système de Law était de remplacer les monnaies gagées sur l’or et l’argent par des monnaies gagées, en quelque sorte, sur l’activité économique. Cet objectif était fondé sur une analyse assez novatrice du rôle de la monnaie sur l’activité économique (la rareté de la monnaie en circulation réduisant les échanges et donc, en termes modernes, la croissance économique). Ce n’était pas mal vu et le système actuel de change flottant au niveau international n’est plus connecté à l’or et l’argent. Cependant, le système économique et institutionnel de l’époque était sans doute incapable d’être converti aussi vite au papier monnaie.

Le rôle financier de Law et de son système s’explique par le fait qu’il ait convaincu le régent en lui faisant miroiter le règlement de l’endettement financier du royaume à l’occasion de la mise en place du système (qui, à très gros trait) devait permettre de développer l’activité économique et d’enrichir l’Etat de l’accroissement de la monnaie créé en relation avec les recettes de la Banque royale et de la Compagnie des Indes.

La Banqueroute de Law, c’est-à-dire la faillite du système provient de plusieurs causes qui rendaient son système non viable :

1°) le problème du déficit de crédit de l’Etat qui appuyait l’ensemble et qui n’était en rien comparable à ce qu’il est aujourd’hui : en résulta la conversion assez rapide de plusieurs grands personnages comme le Duc de Bourbon, de leurs actions en monnaie-or, ce que le système prétendait éviter. Dès lors, il était mathématiquement impossible pour la Banque de rembourser intégralement en espèces métalliques les billets en circulation. C’est justement ce qu’il advint et provoqua la ruine de la maison de la rue Quincampoix.

2°) Le différentiel de valeur devait être comblé par les résultats de l’activité commerciale de la Compagnie des Indes. Or l’exploitation française de la Louisiane fut toujours caractérisée par une incompétence radicale, une absence de volonté et des résultats très insuffisants (ce qui a conduit par la suite à sa cession par Napoléon aux Etats-Unis de Jefferson). Dès lors, les bénéfices distribués ne furent jamais au niveau inconsidérément prévu à l’origine.

Cette première tentative bancaire nationale se solda ainsi par un échec retentissant avant que la création de la Banque de France sous l’Empire ne permette la fondation beaucoup plus solide du système monétaire français moderne.

Un projet de réforme fiscale

           
Sans rapport avec ses activités de ministre, on peut remarquer que Law a défendu en 1719 un « Mémoire sur le denier royal » (cf. Œuvres complètes, 1934, t. III, pp. 38-61) qui suggérait un impôt sur la terre, alors à la mode. Comme le remarquent J. Grosclaude et R. Hertzog, l’essentiel du projet reposait sur l’abolition des privilèges fiscaux (p. 46).
           

(1) Des extraits sont consultables sur le site http://www.comite-histoire.minefi.gouv.fr/recherches_finances/les_hommes/controleurs_generaux/xviiie7211/john_law (consulté le 30 août 2008)

 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de Law 

Comme le précisent F. Bayard, J. Félix et P. Hamon, « à l’exception des Considérations sur le commerce et sur l’argent, La Haye, 1720, in-12, 187 p. et de quelques lettres éditées par le Mercure de France en 1720, les mémoires financiers et la correspondance de Law ont été publiés après sa mort, ce qui pose d’épineux problèmes d’attribution. Ces difficultés sont discutées dans les biographies d’Edgar Faure, 17 juillet 1720. La banqueroute de Law, Paris, 1977 et d’Antoin Murphy, John Law, Economic Theorist and Policy-Maker, Oxford, 1997. L’édition la plus complète des écrits de Law est celle de Paul Harsin, Oeuvres complètes de John Law, Paris, 1934, 3 vol. à laquelle il faut ajouter la publication récente par Antoin Murphy de John Law’s Essay on a Land Bank, Dublin, 1994. »

B- Ecrits relatifs à Law

Ouvrages :

Bottin (M.), Histoire des Finances publiques, Paris, Economica, Poche, Finances publiques, n°3, 1997, pp.26-27.
Faure (E.), La banqueroute de Law, Paris, Gallimard, Coll. Les journées qui ont fait la France, 1977, 738 p.
Harsin (P.), Les Doctrines monétaires et financières en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Félix Alcan, 1928. 326 p.
Harsin (P.), Crédit public et banque d’état en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Droz, 1933. 261 p.
Murphy (A. E.), John Law: économiste et homme d'État, Bruxelles, Bern, Berlin, Lang, 2007, 447 p.
Murphy (A. E.), Richard Cantillon: le rival de Law [Oxford University Press, 1986], Avant-propos de J. Hicks, Paris, Hermann, 1997, X-248 p. (Cantillon fut le partenaire puis l’adversaire de Law dans ses diverses opérations)
Véron de Forbonnais (F.), Recherches et considérations sur les finances de France depuis l'année 1595 jusqu'à l'année 1721, Bâle, Cramer, 1758, 2 tomes : VIII-594 p. et VIII-662 p. Volumes numérisés et téléchargeable sur le site Gallica.

Articles :

Bayard (F.), Félix (J.) et Hamon (P.), Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, CHEFF, 2000, 216 p. (notice pp. 122-127).
Grosclaude (J.) et Hertzog (R.), Le mythe de l’impôt unique, RFFP, n° 29, 1990, pp. 29-57.
Maurepas (A. de) et Boulant (A.), Les ministres et les ministères du siècle des Lumières, 1715-1789, Etude et dictionnaire, préface d’Y. Durand, Paris, Christian - JAS, 1996, 452 p. (Notice pp. 297-304)