NECKER Jacques
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 01/07/2007


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Genève le 30 septembre 1732 – Mort à Coppet (Suisse), le 9 avril 1804

Financier et homme d’Etat suisse

La première partie de la vie de Jacques Necker (prononcé à la manière suisse Neckre) est toute entière consacrée à sa profession de banquier. Citoyen suisse issu d’une famille protestante venue d’Allemagne (Poméranie) s’installer à Genève, il arrive à Paris en 1750 pour occuper un emploi de commis à la banque Vernet. En 1756, il est le cofondateur de la banque Thélusson, Necker et Cie et actionnaire, devient un des dirigeants de la Compagnie des Indes Orientales (1764). Il bâtit une solide et rapide fortune et se retire en 1772. Son entrée dans les affaires politiques est préparée par ses œuvres économiques (Eloge de Colbert en 1773, Sur la législation et le commerce des grains, 1775) et par ses relations, issues notamment de l’élite intellectuelle, qui fréquentent le salon de sa femme. Il est ainsi proche du milieu des Encyclopédistes.

Il est ministre-résident de la république de Genève à Paris depuis 1768 quand Louis XVI l’appelle pour faire de ce parfait étranger le directeur général du Trésor Royal (1776) puis son directeur général des Finances le 29 juin 1777. Il succède ainsi, quelques mois après sa chute, à Turgot, qu’il juge trop libéral, ses préférences allant aux méthodes de contrôle de l’économie menées par Colbert. Marcel Gauchet souligne à ce propos que seules ses compétences en matière de crédit expliquent la promotion d’un étranger, protestant et lié à un milieu intellectuel dont la monarchie se méfie. La guerre d’indépendance américaine venait de commencer et la France, au regard de la situation catastrophique de ses Finances, avait besoin d’un expert financier pour pouvoir y participer. A une époque encore où le crédit personnel du ministre des Finances rejaillit sur celui de l’Etat, il est un des mieux placer pour financer la guerre d’Amérique par un important recourt à l’emprunt. Il procède alors à une série de réformes, pas seulement financières d’ailleurs : abolition du servage sur les domaines royaux et de la question préalable en 1780 (il s’agit de la torture préalable des accusés pour leur arracher des aveux, qui avait été codifiée du XIIIe et XVIe siècles et qui sera définitivement abolie par la Révolution). Ses réformes administratives touchant beaucoup trop à l’organisation même du régime, il suscite l’opposition des Parlements et de la Cour à sa création d’assemblées provinciales chargées d’établir l’impôt. Il fait alors appel à l’opinion publique par son Compte rendu au Roy, pour justifier ses projets de faire « pour la première fois, des affaires de l’Etat une chose commune » et révéler l’ampleur de la dette publique en dénonçant les pensions versées aux courtisans. Il est alors renvoyé (19 mai 1781).

Chassé, il se retrouve néanmoins au centre du mouvement d’opinion qui, malgré lui,  va constituer la Révolution française. Il polémique avec Calonne et poursuit ses critiques de l’administration et de la gabegie financière du royaume (De l’administration des finances de la France, Paris, 1784). Il obtient ainsi un tel succès que, lorsque la banqueroute menace à nouveau, Louis XVI se sent contraint de le rappeler à la direction générale des Finances le 25 août 1788 avec rang de ministre d’Etat. Il devient ainsi le ministre prépondérant du cabinet du roi. Il est alors aux commandes lors de la convocation des Etats généraux promise par son prédécesseur. Sa position de libéralisme modéré mécontente rapidement tout le monde. Il commence par consentir au doublement du nombre des députés du tiers état et défend un régime électoral « remarquablement libéral » (M. Gauchet). Mais en cherchant à temporiser, il ne participe pas à l’emballement d’un tiers vite conscient de sa force, qui s’autoproclame Assemblée nationale le 17 juin 1789. Ses aspirations à une monarchie pragmatiquement transformée, comme dans l’histoire politique anglaise, sont en complet décalage avec l’aspiration politique universaliste qui va guider la Révolution. De l’autre côté, pour sauver la monarchie, il lui manque deux choses : qu’il y ait un roi et que la monarchie veuille survivre. Son réformisme est insupportable aux monarchistes aveugles et sourds, qui souhaitent uniquement maintenir l’Ancien Régime en le faisant vivre à crédit. Les qualités d’homme d’Etat lui sont souvent déniées et il est vrai qu’il n’a pas compris que sa tâche était vaine. Il se tient néanmoins à ses objectifs et cherche à persuader le roi de participer aux événements pour transformer son trône et assurer ainsi sa survie politique. Le roi le désavoue en maintenant une ligne de défense des ordres privilégiés dans sa déclaration du 23 juin. Necker présente alors une démission qui est refusée. Presque un mois plus tard, il est renvoyé pour la seconde fois le 11 juillet et on lui ordonne de quitter secrètement la France. La nouvelle officielle le 13 provoque les révoltes culminant avec la prise de la Bastille. Pour apaiser la foule, le roi doit le rappeler immédiatement. Le 16 juillet 1789. « C’est là qu’il commet l’erreur de sa vie en acceptant de reprendre un pouvoir impossible à assumer. » (M. Gauchet). Pendant presque une année, il poursuit sa politique inadaptée aux temps. Il ne peut concilier deux partis bien trop contraires et finit pas démissionner le 4 septembre 1790 dans l’indifférence. Les espoirs qu’il avait longtemps fait naître sont déçus et le roi, bien décidé à sombrer, n’a pas varié.

           
Il se retire alors en Suisse avec sa fille Mme de Staël. Il va poursuivre ses activités intellectuelles d’analyse pour lesquelles il est bien meilleur qu’en tant que meneur d’hommes. Il publie ainsi ses études des diverses constitutions françaises dont il montre qu’elles ne sont pas viables. S’il est complètement imperméable aux idées politiques nouvelles et en  mésestime les effets, il se montre dans ses œuvres politiques d’une exceptionnelle acuité quant à l’absence de prise en compte des conditions concrètes du gouvernement par les échafaudages constitutionnels uniquement bâtis sur des principes abstraits (cf. sur ce sujet l’article de M. Gauchet).
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Si son apport majeur aux Finances publiques réside dans la critique très fine qu’il a faite du désordre financier de la France d’Ancien Régime, il a aussi tenté d’y apporter quelques remèdes. Son action est également intéressante par la modernité de son appel à l’opinion publique sur des questions dont elle était alors très largement exclue.

Critique de la désorganisation financière de la France d’ancien régime et propositions de réformes comptables

Sa critique de l’administration d’Ancien Régime, notamment de l’administration financière, comporte pour l’essentiel trois aspects qu’il partage avec d’autres auteurs  (dont Vauban).

D’abord, sur le plan comptable, il n’existe aucune organisation minimale permettant de connaître un tant soit peu l’ampleur des recettes et des dépenses de l’Etat. Les finances sont alimentées sans trop qu l’on sache par combien de recettes et l’équilibre ou le déséquilibre des comptes publics est ignoré. Le crédit de l’Etat est ainsi fortement compromis par l’impossibilité d’assurer les prêteurs quant à la capacité de financement du royaume.

Ensuite, la désorganisation et l’injustice fiscale du royaume ne permettent pas d’assurer l’efficacité et la rentabilité maximale des prélèvements pour le Trésor et les rendent odieux à la population qui les supporte.

D’autant plus que l’organisation concrète des recouvrements par l’affermage semble coûter cher à l’Etat.

Les tentatives de correction du désordre financier de l’Ancien Régime

Necker n’est pas inactif face au désordre financier de l’Ancien Régime. Il réalise des économies et recourt largement à l’emprunt en usant de son propre crédit pour financer les dépenses extraordinaires (guerre d’Amérique). Il procède à une réorganisation de la Ferme générale et amorce la réforme du Trésor royal que va parachever Loménie de Brienne : le nombre des caisses est réduit et sont désormais interdépendantes et simples auxiliaires d’une caisse centrale. Les nouveaux trésoriers ne sont plus officiers (la vente de ces offices représentait des revenus et expliquait la multiplication des caisses). Enfin, il fonde le Bureau général des dépenses de la Maison du roi, qui lui permet d’éclaircir et de mieux contrôler les dépenses budgétaires, progrès indispensable pour instaurer une véritable comptabilité.
Il est également un des premiers à tenter de bâtir un tableau réunissant les recettes et les dépenses de l’Etat pour en assurer la connaissance. Cette initiative est cependant propre à ses publications (le fameux Compte rendu au Roi du 19 février 1781, annonçant un excédent de 10,2 millions du budget ordinaire pour 254 millions de dépenses) et ne constitue pas la fondation d’une véritable comptabilité publique.

C’est sur l’engagement de réformes utiles à la transformation structurelle du régime qu’il échoue. Il souhaitait organiser des assemblées provinciales associant les propriétaires fonciers et l’administration pour établir l’impôt. Cette réforme, clairement inspirée de l’évolution parlementariste de la monarchie anglaise qu’il admire, est insupportable à la monarchie absolue.

L’appel à l’opinion publique comme moyen de gestion des affaires

           
A l’occasion de son premier renvoi en 1781, Necker montre tout l’intérêt qu’il porte à l’opinion publique. Par ses publications, par sa volonté de défendre ses idées et ses actes devant une assistance qui ne se réduit pas au prince et à ses proches (ce qui explique l’autosatisfaction dont il abuse dans ses écrits), il a durablement transformé les Finances du roi en contribuant à en faire des Finances publiques. Il a fait d’une question éminemment technique, affaire de banquiers et de financiers privés, assurant le train de vie du gouvernement contre remboursement gagé sur les impôts, une chose publique, un objet de débat politique et, finalement, un objet de fixation des aspirations révolutionnaires.
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de J. Necker

  • Œuvres complètes, Paris, 1820-1821, 11 vol.
  • De l’administration des finances de la France, Paris, 1784 (« Œuvre très utile malgré les témoignages de satisfaction que l’auteur ne cesse de se décerner » selon G. Ardant, Histoire de l’impôt, vol. 2, p. 16)

B- Ecrits relatifs à J. Necker

Ouvrages :

Bottin (M.), Histoire des Finances publiques, Paris, Economica, Poche, Finances publiques, n°3, 1997, pp.34-35.

Egret (J.), Necker, ministre de Louis XVI, 1776-1790, Paris, H. Champion, 1975

Grange (H.), Les idées de Necker, Paris, Kliencksieck, 1974

Articles :

Bayard (F.), Félix (J.) et Hamon (P.), Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, CHEFF, 2000, 216 p. (notice biographique avec analyse de l’action ministérielle, pp. 183-188).

Bottin (M.), Introduction historique au droit budgétaire et à la comptabilité publique de la période classique, in Isaia (H.) et Spindler (J.) (dir.), Histoire du droit des finances publiques, Volume 1, Les grands textes commentés du droit budgétaire et de la comptabilité publique, Paris, Economica, Finances publiques, 1986, pp. 3-31.

Gauchet (M.), Necker, in Furet (F.) et Ozouf (M.) (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1988, pp. 307-317.