POINCARE Raymond
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 07/09/2008


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Bar-le-Duc (Meuse) le 20 août 1860 – Mort à Paris le 15 octobre 1934
Avocat et homme d’Etat français [Académie française, 1906]

Raymond est le fils d'Antony, ingénieur des ponts et chaussées (1825-1911) et de Nanine-Marie Ficatier (1838-1913). Après des études au  lycée de Bar-le-Duc puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, il suit des études aux facultés de droit et des lettres de Paris. Il est ainsi licencié ès lettres (1878) et devient docteur en droit en soutenant sa double thèse « De la Possession des meubles, en droit romain » et « De la Revendication des meubles, dans l'ancien droit et sous le code civil, en droit français »  (Paris, 1883).

Avocat au barreau de Paris (depuis 1880), il entame une carrière politique. Le 17 août 1904, il épouse une italienne, Adeline Henriette Benucci (1858-1943).

Avocat et politicien brillant

Avocat célèbre, à la tête d’un important cabinet d’affaires, il est élu député de la Meuse à partir de 1887. En 1899, il fonde avec Louis Barthou le groupe de l’Union démocratique (puis Alliance républicaine et démocratique), dont le slogan (lancé par Poincaré en 1898) « ni réaction, ni révolution », résume très précisément sa doctrine et lui assure un positionnement prudent et particulièrement courageux au centre droit républicain. Il est député de la Meuse jusqu’en 1903. A parti de cette date, et jusqu’à sa mort, il se fait élire sénateur du même département (avec bien évidement une interruption entre 1913 et 1920).

Il occupe divers postes ministériels de 1893 à 1906 (dont le ministère des Finances dans les cabinets Dupuy du 30 mai 1894 au 26 janvier 1895, et Sarrien du 14 mars au 25 octobre 1906), mais le plus souvent, il refuse les postes proposés, ce qui lui fait une réputation de désintéressement (J.-D. Bredin, Caillaux, p.145). Il échoue au bâtonnat en 1910. Il finit par devenir Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères (1912-1913)

L’année suivante,  il est élu président de la République (1913-1920). Pendant le premier conflit mondial, il finit par être obligé d’appeler Clemenceau – qu’il déteste, ce qui est réciproque – à la présidence du Conseil. Il était d’abord très proche de Caillaux (au privé comme au public), mais depuis plusieurs années, il lui voue une « haine féroce » et contribue, « avec une application besogneuse » (J.-D. Bredin), à sa persécution politique, incitant Clemenceau  à le poursuivre et à l’emprisonner (cf. sa lettre du 20 novembre 1917 reproduite in J.-D. Bredin, Caillaux, pp. 475-490).

C’est une « bête politique » (J.-D. Bredin), d’une très grande compétence professionnelle aussi bien comme avocat que comme homme d’Etat (notamment sur les questions financières ce qui lui permet d’inspirer une confiance – fondamentale en la matière – qui lui est toujours restée associée), mais il eut peu de grandeur d’âme.

Le « Franc Poincaré »

Après la guerre, il redevient président du Conseil et ministre des Affaires étrangères (1922-1924). Il procède alors à l’occupation de la Ruhr pour forcer l’Allemagne à payer les colossales indemnités que lui impose le Traité de Versailles, mais il doit s’incliner devant le plan Dawes. Rappelé après l’échec financier du Cartel des gauches, il est à nouveau Président du Conseil (1926-1929) et détient le ministère des Finances du 23 juillet 1926 au 11 novembre 1928. Il devient alors célèbre pour avoir stabilisé la valeur du France en… le dévaluant (25 juin 1928) : c’est désormais le Franc Poincaré dont la valeur est réduite à 1/5e du Franc Germinal. La spéculation qui avait déferlé sur le franc soutenu par le Cartel des gauches cesse alors, faute d’objet.

           
Quelques années avant sa mort, il parvient enfin à être élu bâtonnier de l'ordre des avocats (1931).
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


Sa contribution aux finances publiques est avant tout celle d’un praticien. Le Service des archives économiques et financières du Ministère des finances présente un résumé de son action ministérielle sur son site Internet : il peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.minefi.gouv.fr/directions_services/cedef/histomin/ministres/fiche018-02.html. Nous en suivons quelques grandes lignes.

Politique financière de Poincaré

Rigueur et sérieux, gage de confiance et donc de réussite politique financière (cf. par la suite A. Pinay, P. Mendès-France ou P. Bérégovoy) marque toujours l’imaginaire politique autour de la figure de Poincaré.

Ses premières interventions à la tête du ministère des finances présentent peu de particularités. En 1894-1895 les questions financières du gouvernement Dupuy sont liées à la politique sociale : caisses de retraite et de secours mutuel des mineurs (loi du 29 juin 1894), du crédit agricole (loi du 5 novembre 1894) et du rôle de la Caisse des dépôts dans la construction et la gestion des habitations à bon marché (loi du 30 novembre 1894).

Sa participation au gouvernement Sarrien en 1906 est plus intéressante car elle cristallise sa rupture d’avec Caillaux. Il profite de son passage aux affaires pour torpiller les projets de réforme visant à instaurer l'impôt sur le revenu auquel il est opposé.

Rappelé en 1926 comme « magicien des finances » pour résoudre la situation financière catastrophique de la France, il « procède à des réformes énergiques mais très proches de celles préconisées par le comité des experts réuni par Raoul Péret ». Ceci montre l’importance de la réputation des ministres dans le crédit public. Ce qui était évident sous l’Ancien Régime quand la fortune personnelle du surintendant des finances servait de garantie aux préteurs, mais reste vrai, sous une forme complètement transformée en politique financière moderne : un ministre qui inspire confiance calme plus facilement les marchés boursiers où il peut plus aisément obtenir des fonds. Le 3 août 1926, Poincaré est autorisé par les chambres à lever 11 milliards de francs d’impôts supplémentaires et en contrepartie il procède à un serrage de vis dans les dépenses de l'État, surtout au niveau des administrations locales (sous-préfectures) et des juridictions. Par ailleurs, la fiscalité pétrolière est instaurée avec les lois des 19 et 30 mars 1928. Elle se développera par la suite. Suivant les leçons déjà anciennes (cf. le baron Louis), une loi du 7 août 1926 crée une Caisse d'amortissement de la dette publique « qui va coiffer la direction générale des manufactures de l'État et employer le produit de l'exploitation du monopole des tabacs et des allumettes à l'amortissement des bons de la défense nationale, ainsi qu'au remboursement anticipé ou à la conversion des anciens fonds de rentes ». Ces mesures assurent un rapide assainissement des comptes publics et surtout la reprise des relations financières internationales « normales de la France ». L’ensemble facilite la « stabilisation du Franc » qui intervient le 25 juin 1928 après la mise en place d’un comité d’expert.

Appel aux compétences universitaires : le comité de spécialiste de 1926

Il faut remarquer l’innovation par la forme que prend l’utilisation par Poincaré des conseils de spécialistes des questions financières. Il constitue officiellement en 1926 un comité, non pour enterrer, mais pour préparer ses mesures monétaires de stabilisation du franc. Poincaré a alors compris tous les atouts qu’il pouvait tirer de cette mobilisation non partisane pour rassurer les milieux économiques. Un de ses membres le rappelle de façon assez aiguisée : « Ainsi le franc avait été sauvé. (…) Par la vertu oratoire et beaucoup plus encore par la présence d’un personnage difficile et rassurant, cachant son adhésion silencieuse à un programme de professionnels sûrs et s’assurant par une démagogie momentanément sans danger la neutralité des excités et des hostiles » (Henri de Peyerimhoff, p. 534). C’est en quelques sortes la naissance de la technocratie moderne et du recours aux « experts » pour compenser la dévalorisation des parlementaires.

           
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de R. Poincaré

-
Au service de le France, neuf années de souvenirs, Paris, Plon, 11 vol. (I à X de 1926 à 1933, et vol. XI, 1974)

- Plusieurs de ses discours parlementaires ont été publiés : L'œuvre financière et économique du gouvernement (1928) ; La restauration financière de la France (1928) ; La réforme monétaire, exposé des motifs du projet de loi monétaire (1928).

B- Ecrits relatifs à R. Poincaré

Ouvrages :

Marcus (P.), Raymond Poincaré : L'architecte d'une carrière d'Etat, Paris, Séguier, 2006, 250 p.
Mendes-France (P.), Le redressement financier français en 1926 et 1927, Thèse pour le doctorat soutenue le 3 mars 1928, Université de Paris, Faculté de Droit, 1928, publié avec une préface de Georges Bonnet, sous le titre « L’œuvre financière du gouvernement Poincaré », Paris, LGDJ, 1928, 320 p.
Mendes-France (P.), La Vérité guidait leurs pas, Paris, Gallimard, 1976 (Parmi cette collection de modèles de l’auteur, un portrait est consacré au président Poincaré, ce qui montre que la grande rigueur économique de ce dernier a impressionné au-delà du cercle de ses affidés politiques. Mendès-France, lui-même très attaché à cette rigueur en matière de gestion économique est favorablement disposé à l’égard du redresseur du Franc).
Miquel (P.), Poincaré, Paris, Fayard, 1961, 636 p. (Une biographie de référence).
ROTH (F.), Poincaré, Paris, Fayard, 2000, 715 p.
Sauvy (A.) avec la coll. de Hirsch (A.), Histoire économique de la France entre les deux guerres, [196(-1975, 4 vol.], rééd. 3 vol., Paris, Economica, 1984, 422 p., 439 p. et 476 p. Consulter notamment, dans le 1er volume, son portrait p. 367 et sa politique monétaire pp. 59-72.

Articles :

Mouré (K.), La stabilisation Poincaré : situation politique et politique monétaire entre 1926 et 1928, CHEFF, Etudes & Documents, VII, 1995, pp. 229-265.
Peyerimhoff (H. de), « Essais et Notices. Au Comité des Experts de 1926 », Revue des deux mondes, 1er février 1959, pp. 530-534.
Sicsic (P.), Le Franc Poincaré a-t-il été délibérément sous-évalué ? CHEFF, Etudes & Documents, V, 1993, pp. 261-291.