STOURM René Louis
     I - Eléments biographiques II - Principaux apports III - Bibliographie sélective        

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Dernière mise à jour : 11/07/2007


 

 
I - éléments biographiques  
 


Né à Paris le 13 septembre 1837 – Mort à Paris le 23 décembre 1917

Inspecteur général des finances et enseignant français

Haut fonctionnaire français, praticien et spécialiste des finances publiques, René Stourm « connaissait bien le système français – peut-être le connaissant trop bien, en envisageait-il difficilement la transformation » (G. Ardant, Histoire de l’impôt, tome 2, p. 249).      

Né sous la Monarchie de Juillet, René Stourm entre en 1856 dans l’administration des finances à laquelle appartenait son père, sénateur du second Empire. Il devient inspecteur des finances en 1861 et, de 1867 à 1870, chef de cabinet du ministre des finances Pierre Magne (à son sujet cf. la notice relative à Achille Fould). En 1874, il devient administrateur des contributions indirectes et finit par être mis assez brutalement en disponibilité lors de la reprise en main de l’administration par les républicains (décret du 29 décembre 1879 signé par le successeur de Léon Say).

Il se consacre alors à la publication d’études historiques du système financier français avec Les Finances de l’Ancien Régime et de la Révolution (1882).

Le fondateur de l’Ecole libre des sciences politiques, Emile Boutmy, lui propose en 1885 la chaire des finances publiques, précédemment occupée par Paul Leroy-Beaulieu puis Alfred de Foville. Il y défend la même approche orthodoxe farouchement opposée à l’intervention de l’Etat, reposant sur la modicité du prélèvement fiscal et l’équilibre budgétaire. Il n’abandonne l’enseignement qu’en 1913, année au cours de laquelle il est nommé (succédant encore à de Foville décédé) secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, où il a été élu en 1896 au 5e fauteuil de la IV section (Économie politique, statistique et finances), succédant à Léon Say. Il préside la commission des fonds et la commission administrative centrale de l’Institut de France en 1911.

           
Affecté par la perte d’un de ses fils lors de la première guerre mondiale, physiquement affaibli (il a alors quatre-vingt ans), il meurt subitement le dimanche soir 23 décembre 1917. Sa fille Renée est la mère du physicien Louis Leprince-Ringuet.
 
II - Principaux apports à la science des finances  
 


René Stourm rédige plusieurs ouvrages de droit positif sur la base des cours qu’il professe. Il offre ainsi la vision d’un technicien spécialiste des matières financières. Or, à l’époque, les hauts fonctionnaires sont pétris d’une culture économique libérale et sont farouchement opposés à l’action économique de l’Etat. En enseignant les finances publiques à l’Ecole libre de science politique qui forme justement les candidats aux concours de cette haute fonction publique, il contribue à maintenir cet état d’esprit. A la même époque, Léon Say enseigne l’économie politique avec la même vision. Sur l’Ecole libre de science politique, premier bastion de la pensée économique libérale en France, cf. notamment l’ouvrage de Madame le professeur Lucette Le Van-Lemesle : Le Juste ou le Riche. L’enseignement de l’économie politique, 1815-1950, paru en 2004, et, sur le contexte de la fondation et les premiers aspects de l’Ecole libre des sciences politiques par E. Boutmy, l’article critique de Damamme (D.) : D’une école des sciences politiques, Politix, 1988, vol. 1, n°3, pp. 6-12).

La vision de l’impôt de R. Stourm comme n’ayant pour seul objectif que de fournir des ressources financières à l’Etat est ainsi caractéristique d’un refus absolu de l’interventionnisme de l’Etat. Sur ce modèle idéal du droit de finances publiques, cf. les citations reproduites et analysées par H. Isaïa dans son Finances publiques. Introduction critique, Paris, Economica, 1985, pp. 87-88. Il tient à ce sujet les mêmes propos que Paul Leroy-Beaulieu, fustigeant à longueur d’articles la progressivité fiscale. Le Bulletin de la société d’économie politique, qui retrace la séance du 5 avril 1898 (pp. 57-60 pour l’intervention de René Stourm) consacrée à un projet d’instauration de la progressivité dans l’impôt successoral, est ainsi caractéristique du discours « élitiste » des ces économistes libéraux (et des membres de l’Ecole libre des sciences politiques en général) : d’abord s’abriter derrière l’autorité de la science pour se distinguer du commun et écraser l’argument adverse avant de développer ses arguments : « Messieurs, il faut, je crois, nous féliciter de voir la question de la progressivité portée devant une réunion telle que la vôtre, composée d’économises, de théoriciens, d’hommes qui ne craignent pas d’avouer qu’ils ont des principes et qui, sachant que le monde ne marche pas à l’aventure, cherchent à découvrir les lois qu le gouvernent. Ici donc nous pouvons éliminer de la discussion les idées contingentes, les arguments de circonstance, et aller droit au but en nous attachant exclusivement aux conclusions fournies par la science. Or à ce point de vue, dès l’abord, la progressivité, livrée à elle-même, suivant son cours mathématique, aboutit fatalement, de degrés en degrés, à la spoliation. […] Aussi les gouvernements, pour enrayer cette tendance fatale des tarifs progressifs livrés à eux-mêmes, en arrêtent-ils les effets à l’aide de certains maxima ; ils modifient les échelles de la gradation suivant d’autres lois que les lois mathématiques. Mais alors ces lois sont arbitraires. Là réside le second vice fondamental du système. Il est arbitraire, et ne peut pas ne pas l’être, sous peine de demeurer spoliateur. » En défendant de façon vibrante l’égalité, et « donc la proportionnalité », R. Stourm n’explique pas en quoi la proportionnalité est moins arbitraire mais les conceptions orthodoxes ont été présentées comme la seule certitude « scientifique ».

A ce sujet, Gaston Jèze, en opérant la distinction des aspects techniques et juridiques des finances publiques des questions de choix politique, les a fait sortir de ces impasses épistémologique amenant à la confusion entre des règles scientifiques et des conceptions spécifiques (ici celles des finances classiques). Si jèze est d’abord influencé par les conceptions orthodoxes (sous l’influence vraisemblable de M. Boucard), il évolue tout au long de ses années d’enseignement et se montre plus ouvert aux innovations de technique fiscale qui avaient horrifié Say, Leroy-Beaulieu et Stourm.

En ce sens, digne successeur du professeur P. Leroy-Beaulieu, René Stourm est un partisan modèle de la théorie classique du XIXe siècle. Son apport à la science des finances publiques, se résume ainsi – le développement de l’enseignement et des publications consacrés à la matière mis à part – à la défense d’un immobilisme.
 
 
III - Bibliographie sélective  
 


A- œuvres de René Stourm

Stourm (R.), Les origines du système financier actuel [article paru à la Revue de France], Paris, Imprimerie de la société anonyme de publications périodiques, 1880, 88 p.

- Les Finances de l’Ancien Régime et de la Révolution, origines du système financier actuel, Paris, Guillaumin, 1882, 2 vol.

- L’impôt sur l’alcool dans les principaux pays, Paris, Berger-Levrault, 1886, 211 p.

- Cours de finances : Le Budget, son histoire et son mécanisme, Paris, Guillaumin, 1889, III- 655 p. [2e éd., 1891, XI-623 p., 3e éd., 1896, XI-653 p., 4e éd. 1900, XII-653 p., 5e éd., 1906,  XVI-653 p., 6e éd., 1909, XVI-623 p., 7e éd., 1913, XV-621 p.]

- Systèmes généraux d’impôts, Paris, Guillaumin, 1893, XV-415 p. [rééditions 1900, VI-430 p. et 1912, VIII-439 p.]

- Bibliographie historique des finances de la France du XVIIIe siècle, Paris, Guillaumin, 1895, III-341 p.

- Le système français d'impôts [Extrait de la "Revue de Paris",15 mai 1897], Paris, impr. de Chaix, 1897, 22 p.

- Les Finances françaises, 2e éd, Paris, Comité de défense et de progrès social, Conférence n° 23 [Extrait de La Réforme sociale], 1898, 21 p.

- Histoire financière du Consulat, Paris, Guillaumin, 1902, 363 p.

B- Ecrits relatifs à R. Stourm

Damamme (D.), D’une école des sciences politiques, Politix, 1988, vol. 1, n°3, pp. 6-12.

Isaia (H.), Finances publiques. Introduction critique, Paris, Economica, 1985, pp. 87-88.

Le Van-Lemesle (L.), Le Juste ou le Riche. L’enseignement de l’économie politique, 1815-1950, Paris, CHEFF, 2004, 800 p.

Lyon-Caen (Ch.), Notice sur la vie et les travaux de M. René Stourm, Lue dans la séance publique annuelle du 28 décembre 1918, Académie des sciences morales et politiques, Paris, Institut de France, 1918, 37 p.